04.10.2008

23 - Le départ

bijou%20nues%20femmes.jpgElle se réveille avec lenteur. Elle frissonne. Les yeux toujours fermés, elle se retourne et ramène sur elle une couverture rêche et malodorante. Son corps engourdis lui envoi progressivement quelques alarmes : un bras ankylosé, une bouche pâteuse et un crâne prêt à exploser. Elle tente un œil, puis le referme aussitôt. Il fait jour. Il fait même grand soleil et elle n’est pas prête à affronter une dose d’UV aussi importante. Elle s’enfouit sous la couverture, espérant plonger à nouveau dans un sommeil amnésique et abyssal. Trop tard. Sous sa carapace de laine marron, l’odeur de sperme et de transpiration est trop forte. Elle ne pourra plus se rendormir. Elle s’extrait du canapé et tente de se lever. Elle se rassoit. Trop tôt. Les yeux toujours clos, elle a froid. Ce constat l’amène à en faire un autre : elle est nue. Il faudra qu’elle pense à trouver une explication à tout ça. Mais plus tard. A tâtons, elle cherche un vêtement, un bout de tissus, quelque chose qui lui ferai enfin un peu de bien en acceptant la couvrir et de réchauffer son corps frissonnant. Seule la couverture puante accepte de remplir cet office. Elle tente à nouveau un œil. Merde.

Rose observe son environnement, assise sur un canapé, emmitouflée dans une couverture marron. C’est comme si quelque chose de grave s’était produit, sauf que Rose ne se sent pas concernée. Il y a toutes sortes d’objets à terre, des choses cassées,  des traces rouges un peu partout qui font comme du sang… Sur les murs aussi. Des inscriptions, il faudra d’ailleurs que Rose tente de comprendre ce qu’il y a d’écrit, mais plus tard. Elle se lève doucement, sa tête bourdonne et son équilibre est approximatif. La fenêtre est grannu.JPGde ouverte. Elle traverse la pièce avec précaution pour aller la refermer. On n’a pas idée de laisser ouvert avec un tel froid de canard. Elle titube. Prêt de la fenêtre un miroir en pied intact lui renvoie son image. Incrédule, elle s’approche de son reflet et observe avec curiosité. Elle retire la couverture et c’est son corps tout entier qui emplit le miroir. C’est étrange. Il faudra qu’elle prenne le temps de comprendre pourquoi ce corps semble appartenir à quelqu’un d’autre. Et son visage… Rose s’approche encore jusqu’à coller sa peau contre le verre poli. Elle tente de fusionner avec son image, de la pénétrer, de la faire sienne. Elle ne bougera pas. Elle ne bougera plus. A force de se coller contre le miroir elle va finir par le traverser. C’est ça. Elle va passer de l’autre côté. Elle va se retrouver. De l’autre côté. Ils auront beau taper, cogner, hurler, ils ne la trouveront pas. Elle n’y sera plus. Elle sera de l’autre côté.

 

La porte vole en éclat et l’inspecteur Larique débarque dans le studio de François comme un boulet de canon. Il est saisi d’effroi par ce qu’il découvre : L’endroit est dévasté. Plus aucun meuble ou objet n’est en place. Au sol, des débris en tous genres et des flaques de sang. Des flaques de sang… Au mur, des traces, des inscriptions, des dessins…Rouges. Rouges sang.  Et puis dans un coin, près de la fenêtre, Rose, nue, meurtrie, la chair bleuie par endroit, griffée aussi, le corps tout entier collé contre un miroir. Elle ne bouge pas. Son front collé contre la glace, le regard plongé dans son reflet, elle respire doucement, provoquant une petite buée qui s’estompe à chaque coma.jpginspiration. Larique s’approche doucement. Une dizaine de collègues ont déjà investit l’appartement et avancent avec précaution au milieu des décombres. Arrivé à sa hauteur, il se baisse et ramasse la couverture marron. Il recouvre le corps de Rose et la détourne du miroir. Elle se laisse faire. Rose ? Elle ne lui répondra pas. Elle est trop loin. Rose ? Il n’y a plus de Rose. Ca fait trop mal. Rose ? Une sirène de pompier qui se rapproche, une odeur de sperme et de transpiration et le père noël qui pleure.

Roooose !

 

 

Fin de la première partie

 

12.09.2008

22 - Zeïtun out

attente.jpgEn ouvrant la porte elle comprit immédiatement qu’il n’était pas rentré. L’appartement vide et silencieux semblait lui reprocher cette absence et un violent sentiment de culpabilité l’envahit. Elle tenta de le joindre sur son portable et tomba sur sa messagerie. Elle raccrocha sans laisser ses coordonnées comme l’y invitait la voie faussement guillerette de François. Merde. Qu’est ce qu’il peut bien fiche dehors depuis ce midi… Elle s’installa sur le canapé et entreprit la lecture d’un magazine de potins de stars dont elle était friande. Sur les pages qu’elle survolait sans vraiment les regarder, se répandaient des visages fatigués de sorties de boites, des baisers de téléobjectifs et des sourires à 10000 euros. Le radio-réveil posé sur le bureau affichait un 19H03 vert fluo. Sur le clavier de l’ordinateur, le mot qu’elle avait laissé crevait d’une immobilité insolente. Elle abandonna sa lecture et se leva pour le déchirer en petits morceaux qu’elle alla  jeter dans la poubelle de la cuisine. Dans le fond agonisaient les deux steaks et la poêle qu’elle avait jeté à midi. Elle revint sur le canapé et la culpabilité fit place à l’angoisse. Elle tenta à nouveau de l’appeler sur son portable. Cette fois elle entendit une sonnerie mais personne ne décrocha. Elle rappela une dizaine de fois de suite et obtint le même résultat. François ne voulait pas lui parler. François était fâché. Peut-être même qu’il était très en colère et qu’il allait la fiche dehors dès son retour. S’il rentrait... Merde. Elle avait encore tout saccagé. Sa vie était devenue n’importe quoi depuis quelques temps et la seule personne sur qui elle avait pu compter ne voulait plus lui parler, même au téléphone. Merde et merde. A cet instant, Rose aurait voulu être un coussin de canapé ou une canette oubliée sous un fauteuil. Elle aurait voulu se confondre avec le papier peint de la pièce ou rejoindre les steaks dans le fond de la poubelle. Oui, c’était là qu’elle aurait voulu être, entre les coquilles d'oeufs et les trognons de pomme puisqu’après tout, elle n’était qu’une merde. Elle resta vautrée sur le canapé en se rongeant les ongles, puis les petites peaux des ongles et enfin, à cours de substance solide, elle s’attaqua à  la chair des doigts. Le temps, lui, passait doucement et le radio-réveil affichait maintenant un 23H17 toujours aussi fluo. Lorsqu’elle se leva pour aller mettre quelques pansements autours de ses auriculaires sanguinolents, la porte d’entrée s’ouvrit et François apparu, tel un ange répondant à l’appel du martyr juste avant de se faire boulotter par le fauve. Rose resta les bras en l’air, le pansement dégoulinant des doigts. Il s’approcha d’elle, observa les dégâts et sans un mot, il pansement.jpglui fit de jolies petits bout de doigts roses et propres. Puis toujours sans un mot il la prit par la taille et l’embrassa doucement, d’abord sur le front, puis les joues et puis très délicatement ses lèvres vinrent frôler les siennes. Son baiser se fit de plus en plus pressant et Rose, collée contre le mur et le cœur battant laissait faire les choses sans chercher à comprendre. Pas d’excuses, pas d’explications. Ca lui convenait parfaitement. Il glissa ses mains sous son pull et caressa sa poitrine. Elle glissa ses pansements sous son teeshirt et lui caressa le dos. Il se colla encore plus près et elle pu sentir le degré de son désir. Il souleva sa jupe et fit glisser sa culotte par terre. Elle déboutonna son pantalon et se coinça un morceau de scotch saumon dans la braguette. Il la souleva doucement et Rose réalisa enfin qu’il était là. Il était avec, sur et en elle. Elle poussa un petit gémissement, puis un autre et François accéléra les mouvements de son bassin et Rose cria de plus en plus fort et François bougea de plus en plus vite et Rose cria de plaisir et cria de plus en plus fort jusqu’à hurler l’objet de son amour.           
-« DAAAAAMIENNNNNNN !!! »           

reflet.jpg
Enfermé dans les toilettes, François regardait, immobile, son reflet dans le miroir. Rose grattait à la porte depuis environ une heure. Elle n’avait pas su trouver les mots justes, ceux qui auraient pu faire passer sa bévue pour une chose très rigolote et sans conséquence. A cour d’arguments, elle finit par s’endormir en boule contre la porte comme un petit chien attendant que son maître accepte de lui ouvrir.

 

Zeïtun glissait lui aussi doucement dans le sommeil du juste. Il remonta le drap sur lui et se tourna pour ne plus entendre le léger grognement de la demoiselle qui dormait près de lui. Stéphanie… Bien moins jolie que Rose, mais au moins, il avait pu la sauter le soir même. Tandis qu’avec l’autre folle qui était partie en courant, sur qu’il aurait pu se la mettre sur l’oreille… Dommage. Elle étaitchat.jpg vraiment canon, Rose. Complètement tarée… Mais elle avait un de ces culs !... Zeïtun toussa et Stéphanie se tourna violemment, le poussant presque en dehors du lit. Il se leva en la traitant de grosse vache entre ses dents et chercha dans l’obscurité sa ventoline. Il tomba sur Hector, le chat de la maîtresse les lieux, qui lui fila un coup de griffe rageur sur le nez. « Con de chat ! » grinça t-il toujours entre ses dents, soucieux de ne pas perturber les ronflements de son amie. A tâtons, il identifia enfin le tube en plastic et s’octroya une double giclée du nébuliseur.

Il était environ 08H30 lorsque Damien Larique reçut l’appel de son collègue. Il arriva sur place 20 minutes plus tard. Dans le salon, une jeune femme d’une trentaine d’année répondait aux questions d’une inspectrice tout caressant de façon compulsive un matou catatonique. Dans la chambre, le légiste était penché sur un corps et semblait humer les effluves de la bouche ouverte du cadavre. Il se releva et serra chaleureusement la main de l’inspecteur.
-« Ah ! Larique, je suis content de vous voir ! J’ai appris pour votre amie… Je suis profondément désolé. Alors comme ça, vous reprenez du service ? C’est très bien, ça ! En plus, avec ce meurtre, vous allez vous régaler ! Un empoisonnement ! A l’arsenic gazeux ! ventoline.jpgJamais vu ça encore… »   
 Larique découvrit le corps allongé sur le lit. Quelques gouttes de sangs séchées sur le nez et dans la main encore crispée du cadavre, un tube de ventoline que le médecin légiste s’empresserait d’envoyer au laboratoire pour analyse…

14.08.2008

21 - Zeïtun 2

terasse.jpgIl l’attendait, installé à la terrasse du bistrot en buvant un demi pression. Il portait de petites lunettes carrées au contour noir, une veste de costume sombre sur un jean et fumait une cigarette. Rose le trouva encore plus séduisant que ce matin et s’installa à côté de lui, tout sourire.            
-« Tu a eu peur que je ne vienne pas ? »       
-« Pas vraiment, mais j’en aurais été navré…  Et pas seulement pour mes papiers. Tu veux qu’on y aille maintenant ? Tu veux d’abord boire quelque chose ? »     
-« Je veux bien une bière. On ira au magasin après… » Ils commandèrent deux pressions au serveur et continuèrent leur conversation entamée quelques heures auparavant. Zeïtun était loquace et elle n’avait donc pas beaucoup d’effort à fournir pour éviter d’aborder sa situation personnelle.  Elle le laissa  conduire la conversation sans chercher à le questionner sur sa vie privée. Il y vint naturellement de lui-même. Il était célibataire depuis peu – une séparation douloureuse avec une femme torturée et dépressive-, il n’avait pas d’enfant et il était content d’avoir rencontré Rose. Il lui répéta cette dernière information à plusieurs reprises. Rose commença donc à réaliser qu’elle plaisait à ce garçon. Comme la réciproque se vérifiait décidémment de plus en plus, à sa quatrième bière, elle voulu lui caresser la main. Il ne s’attendait sans doute pas à cette marque soudaine d’affection et se dégagea presque immédiatement. Il fouilla dans sa poche de veste et en sortit un petit tube vert qu’il enfourna dans sa bouche. Il inspira profondément le gaz apaisant qui allait dilater ses bronches et attendit quelques secondes avant d’expirer l’air qu’il avait conservé dans ses poumons.     
-« Je suis asmathique. J’ai toujours un truc comme ça sur moi, ça m’aide à respirer. » Il rangea sa ventoline dans sa poche, toussa bruyamment quelques instants et s’alluma une cigarette. Il conserva sa main dans sa poche. Il n’y avait pas le feu au lac.… En fait, malgré son apparente décontraction, Zeïtun était un garçon timide et orgueilleux. Avec les femmes, il aimait garder le contrôle de la situation mais pouvais attendre des semaines avant d’oser frôler un index. Rose, un peu saoule, ne se formalisa pas de sa réaction et commanda un autre verre. Zeïtun lui rappela alors qu’il serait peut être temps de songer à s’affranchir de son devoir de repentance. Il était déjà presque 18h00. Ils se dirigèrent donc vers le magasin et lorsque le Vigile les aperçut il s’approcha d’eux.         
-« J’ai cru que vous ne viendriez plus… Allez, entrez, elle vous attend » Il les accompagna jusqu’à la caisse numéro 10. En les voyant, la plaignante eu une grimace de dégout.            
-« Elle vient te faire des excuses. Si tu les acceptes, on en reste là » la caissière regarda le vigile, puis Rose, puis le Vigile et se remit à scanner les produits posés sur son tapis roulant.
-« Virginie ? Tu ne veux pas entendre les excuses de la dame ? »  
-« Je l’emmerde, la dame et ses excuses, elle n’a qu’à se les foutre au cul » répondit elle en scannant le code barre d’un paquet de jambon 5 + 1 gratuite. Rose tenait dans sa poche le badge « Virginie, votre hôtesse de caisse à votre service » arraché dans la bagarre et le lança sur le tapis roulant.     
-« Ben je m’excuse quand même. Mais pense à remettre ça, qu’on te confonde pas avec un jambonneau périmé… » Elle avait dit çpdt.jpga au moment ou la caissière scannait un sac de pomme de terre. Avec une force insoupçonnée, elle souleva les patates et les lancèrent à la tête de Rose en poussant un hurlement de rage. Surprise, elle n’eu pas le temps d’esquiver et pris le lourd projectile de plein fouet, sur la tête. Elle vacilla, étourdie par l’impact. Le Vigile / conciliateur profita de la légère confusion pour éloigner Rose de la caisse. Il avait remarqué que l’article suivant à scanner  était un lot de 3 marteaux en promotion. A l’extérieur du magasin, il rendit rapidement les papiers d’identité à Zeïtun et demanda à Rose de ne plus revenir traîner dans le coin. Celle-ci se frottait la tête, incrédule et encore à moitié sonnée. Zeïtun l’entraina avec lui et ils reprirent leur place à la terrasse du Chiquito.        
-« Mais elle m’a tapé cette conne ! Elle m’a tapé ! » Elle répétait ça tout en constatant qu’une énorme bosse était entrain de se former sur sa tempe droite.     
-« Elle avait l’air effectivement encore très énervée… Mais la bonne nouvelle, c’est que le magasin ne porte pas plainte et j’ai récupéré mes papiers ! » Il accompagna son enthousiasme par une giclée de ventoline, puis alluma une cigarette.        
-«  ça fait mal, ta tête ? » Rose lui fit toucher la bosse de sa tempe et il constata effectivement qu’elle était importante. Rose réalisait petit à petit ce qu’il venait de se passer. 
-« Je vais la tuer, cette petite pute ! Je vais lui faire la peau, je vais la saigner comme une truie, je vais la découp… » Et puis, pourtant très énervée, elle s’arrêta net. Elle regarda Zeïtun et vida son verre. Soupçonnée d’avoir assassiné Aube et Bernard, elle ne pouvait pas se permettre de proférer tout haut de telles menaces. Heureusement pour elle, il était totalement ignorant de sa situation et s’amusait même de sa virulence.         
-« Ouai, et si on montait un groupuscule terroriste anti caissières ! On les ferait sauter en leurs faisant scanner des packs de laits piégés à la nitro glycérine ! » 
-« Arrête Zeïtun, on ne parle plus de ça s’il te plaît. »         
-« Et puis on mènerait des opérations commandos pour faire cramer leurs caisses ! »       
-« Arrête, je te dis, c’est pas drôle, faut pas dire des choses comme ça… »          
-« Et puis on trufferait les rouleaux de PQ d’anthrax et… »          
-« Je t’ai dis d’arrêter maintenant ! T’es con ou quoi ! Pauvre type ! » Rose se leva et partit en courant. Abasourdi, Zeïtun la regarda s’éloigner sans comprendre ce qu’il venait de se passer. Il prit une giclée de ventoline, toussa bruyamment et s’alluma une cigarette. Il se repassa la scène une bonne dizaine de fois mais ne trouva pas d’explication à son départ précipité. En plus, elle n’avait même pas payé ses bières... Il commanda un autre verre et sourit à une jeune femme qui s’était installé à une table proche de la sienne.         
-« Attention mademoiselle, votre sac est ouvert, ça n’est pas très prudent… » La jeune femme lui sourit et le remercia chaleureusement. Il s’approcha d’elle. Il n’avait peut être pas complètement perdu sa journée.

 detective.jpg

Au bar « l’Alembra », exactement en face du Chiquito, l’inspecteur Larique se leva et paya ses consommations. Il s’étira et fit craquer quelques muscles. Il avait planqué toute la journée et n’avait même pas pris la peine de déjeuner. En quelques semaines, il avait déjà perdu 5 kilos. Heureusement pour sa vieille carcasse, Rose avait été jusqu’à présent une cliente facile à surveiller. Il quitta le bar et passa devant la terrasse d’en face. Zeïtun expliquait à la demoiselle les bienfaits des moteurs hybrides.  Pauvre Rose, songea-t il. Pauvre Rose…