21.10.2007
3 - Premiers jours à Paris - Suite
Sur le parvis, les deux femmes se regardent à présent sans rien dire. La vieille – qui au grand jour ne semble plus si âgée que ça – 55, 60 tout au plus, vise du regard un bistrot en face de l’église. « Ca va nous faire du bien je pense ». Sans attendre de réponses, elle traverse la rue, s’installe à une table et commande un double whisky. Rose la suit et s’assoit en face d’elle. « Tu bois quoi ? » Rose ne répond pas immédiatement. « La même chose pour la petite ». Lorsque les verres arrivent, la vieille siffle le sien en trois gorgées et réclame la même chose. Elle se ravise et demande au serveur de leur apporter la bouteille. Rose observe cette femme en sirotant son verre. Rose trouve que cette femme est belle. Rose essaye de boire au même rythme qu’elle mais elle a toujours un verre de retard. Rose voudrait que cette femme soit sa mère. Rose est saoule maintenant mais elle l’écoute religieusement lui parler de l’homme qui se trouve dans le cercueil. Il était son mari et elle avait été heureuse avec lui. Enfin pas malheureuse en tout cas. Rose observe à travers la vitre embuée du café le cercueil qu’on enfourne comme un pain au chocolat dans un petit camion gris. La femme aussi regarde à travers la fenêtre et un sourire discret flotte sur ses lèvres. « En fait, je me suis emmerdée chaque seconde du jour et de la nuit avec ce type. Dieu qu’il était chiant ! » Elle pose son verre et regarde Rose fixement. « Au fait, t’es qui toi ? »
« Sa fille ». Elle a dit ça sans réfléchir. C’est sortis naturellement et ça à sonné juste à son oreille. Elle n’imaginait pas ce matin qu’en rentrant dans cette église du 11ième arrondissement elle trouverait une famille. Elle voulait seulement faire un petit somme, récupérer un peu après avoir passé deux nuits dehors. Elle avait été réveillée par les croques morts qui avaient déposés le cercueil devant la nef. Et puis ensuite les gens étaient venus s’assoir en chuchotant et puis cette femme qui s’était installée à côté d’elle. Son mensonge faisait d’elle à présent sa belle mère. Cela fit sourire Rose. Cela fit également sourire la femme. Elle leva son verre en direction du corbillard qui faisait une marche arrière périlleuse au milieu du boulevard. « A la tienne connard » Puis en direction de Rose : « On a qu’à dire que tu es la seule putain de bonne chose que ce nigaud aura jamais réussi à faire ! » Puis elle s’effondra comme une marionnette dont on aurait coupé les files.
Rose quitta le bistrot environ une heure après. Elle remercia tour à tour les pompiers et le SAMU qui avaient tenté vainement de réanimer la pauvre Anna (Le portefeuille trouvé au fond du sac l’avait renseignée sur son identité). Elle embarqua le sac à main de la défunte et y trouva son adresse et ses clés d’appartement. Il se trouvait à deux pas de la place voltaire. Rose considéra sa chance : elle avait trouvé une famille et un toit en l’espace d’une journée. Un peu d’argent liquide et un téléphone portable trouvés au fond du sac d’Anna achevèrent de la réjouir.
« Merci papa. Merci Maman. Je ne vous aurais pas connu très longtemps mais sachez que vous resterez dans mon cœur à jamais ».
Elle positionna ses écouteurs sur ses oreilles et rentra chez elle en chantant à tue tête.
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Commentaires
Le malheur des uns fait le bonheur des autres!
Sacré périple!
Ecrit par : JAS | 10.11.2007
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