08.11.2007

6 - La première fois

eee8c39b0584784a48af38e4e6a198eb.gifLes semaines passaient et Rose s’habituait tout doucement à sa nouvelle vie parisienne. Ce n’était certes pas la première fois qu’elle quittait sa Bretagne natale. Elle était même déjà venue plusieurs fois à Paris : son premier séjour datait de l’école primaire, à l’occasion d’un voyage scolaire. Elle se rappelait les singes du Zoo de Vincennes, les dorures de Versailles et puis Beaubourg qui, à travers les yeux d’une fillette de 7 ans ressemblait plus au palais de Goldorak qu’à un musée d’art moderne. C’est d’ailleurs sur ce parvis qu’elle avait acheté  une petite boite de conserve étiquetée « Air de Paris ». Pendant des années, Rose avait conservé cette boite en se demandant si elle contenait ou non une odeur particulière... Sans jamais oser l’ouvrir.

Son deuxième séjour avait eu lieu à l’âge de 16 ans et n’avait duré que 16 heures. Elle était alors amoureuse de David, ce beau brun ténébreux de Seconde A3. David était lui aussi amoureux de Rose, mais il trouvait Vanessa de seconde G3 tout à fait à son gout et aimait également beaucoup les seins d’Emilie de première S. De toute façon, le casse-croute officiel de David s’appelait Audrey, elle était élève dans un autre lycée et il la retrouvait presque tous les soirs dans un petit parc du centre ville. Rose était tout à fait au courant de la situation puisque chaque soir, elle traversait ce même parc pour rentrer chez elle et régulièrement, elle devait affronter le spectacle des patins appliqués 2f100ab5f16b9086969bca104f1d4b98.jpget interminables que David roulait  à cette pute d’Audrey. Elle rentrait chez elle les poings serrés et une fois la porte de sa chambre fermée, elle s’effondrait sur son lit pour pleurer toute sa rage d’adolescente amoureuse et blessée. Et puis le lendemain elle retournait au Lycée, fermement décidée à rompre. Là, David apparaissait sur le perron, sa cigarette roulée calée entre le majeur et l’index, ses longues boucles noires en bataille, sa chemise de mousquetaire flottant au vent, et quand ses yeux encore gonflés de sommeil croisaient les yeux de Rose encore gonflés de larmes, il lui jetait un sourire auquel aucune femelle de 16 ans aux hormones bouillonnantes n’aurait pu résister. Un petit clignement d’œil complice et 3 minutes plus tard, à l’abri des regards indiscrets, Rose bénéficiait à son tour de l’expertise de David en matière de roulage de pelles.
Parfois ils passaient leur pause déjeuné ensemble et Rose profitait alors de ce moment privilégié pour discuter avec lui, l’essentiel de leur échange se limitant en principe a quelques mètres cube de salive. Cette sale pute d’Audrey était généralement le point central de leurs conversations. Pourquoi ne voulait-il pas la quitter ? David soulignait alors la fragilité psychologique de la pauvre fille et demandait à Rose d’être encore un peu patiente. Bientôt leur amour pourrait exister au grand jour, très bientôt, mais pas tout de suite. 
Le désir de Rose pour ce garçon était tel qu’elle était prête à tous les sacrifices et accepta cette situation  tout au long de l’année scolaire. Arrivèrent les grandes vacances et David lui annonça qu’il partait deux mois à Paris pour travailler chez son oncle imprimeur. La veille de son départ, ils se retrouvèrent dans une petite crique totalement isolée jouxtant la grande plage des rosaires. Cet endroit n’était en principe accessible qu’a marée basse, mais on pouvait y accéder en escaladant la falaise. Rose faillit mourir deux fois mais la marée montante leur offrait au mois 3 heures de solitude absolue...
 Le soleil de cette fin de mois de juin peinait à rendre supportable la température de l’eau et les mouettes indignées gueulaient à becs déployés contre ces intrus en maillot de bain. Rose se baigna pourtant, affrontant les 16 degré avec courage pendant presque trois minutes. Elle sortie de l’eau en grelottant et vint rejoindre David qui s’acharnait à vouloir se rouler une cigarette malgré le vent soutenu. Elle s’allongea à côté de lui et ils s’embrassèrent à langues déployées. Les caresses de David se firent de moins en moins équivoque et Roses respirait de plus en plus vite, anéantie par le désir et l’angoisse de cette fameuse première fois qu’elle avait pourtant imaginée plus d’un milliard de fois… Lorsque David la pénétra, Rose cria, d’abord de douleur, puis elle se tut, analysant ses sensations nouvelles, puis elle cria à nouveau, mais cette fois de plaisir. Cela ne dura pas très longtemps, quelques minutes, mais ce fut suffisant pour que Rose comprenne qu’elle allait adorer faire l’amour et ce sentiment la ravit.

 

Ils se quittèrent vers 17h00 en se promettant de s’écrire tous les jours.

 

15 jours plus tard et 15 lettres sans réponses, Rose fit un test de Grossesse. Elle était enceinte. Elle prit un train le lendemain et se rendit à Paris. Lorsque l’oncle de David lui ouvrit  la porte, elle lui demanda en tremblant s’il pouvait lui donner l’adresse de l’imprimerie. Il fallait qu’elle le voie de toute urgence et cela ne pouvait pas attendre. L’oncle de David la fit entré, lui offrit un verre de jus d’orange et lui demanda gentiment la raison de sa visite. Rose regarda ses pieds et lui répondit que c’était tout à fait personnel. « Vous savez, mon neveu ne doit travailler à l’imprimerie qu’à partir du mois d’août. Il est parti à Londres depuis 15 jours avec sa fiancée Audrey. Il ne rentrera qu’à la fin du mois ».

 

Rose quitta l'appartement sans un mot et marcha de longues heures dans les rues de Paris. Elle ne pleurait pas, elle ne ressentait aucunes émotions particulières, seulement un grand vide dans la poitrine et un fœtus dont elle ne savait quoi faire au fond de l’utérus. Elle marcha ainsi pendant 16 heures, jusqu’à ce qu’elle arrive presque par hasard devant la gare Montparnasse. Elle monta dans le premier train qui la ramena à Saint Brieuc.

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Rose cacha à tout le monde sa grossesse jusqu’à son cinquième mois. Elle reprit l’école au mois de septembre et apprit que David avait intégré un autre lycée pour y retrouver Audrey. Au début du mois de décembre, elle annonça à ses parents qu’elle attendait un enfant. Ils furent extrêmement choqués de cette nouvelle. Ils l’obligèrent à quitter le lycée et elle passa les 4 derniers mois enfermée chez elle. Personne ne devait savoir. 

Rose accoucha sous X un 17 mars à 16h00 d’une petite fille qu’elle ne tint jamais dans ses bras. Elle passa les 5 mois suivants à dormir.

 

En septembre, Rose entra en première A2. Elle eut son Bac l’année suivante et entra ensuite en fac de lettre. Elle eut quelques copains durant toutes ses années. Elle tomba même parfois amoureuse, mais aucun des hommes qu’elle rencontra ne parvint à la faire crier. Ni de plaisir, ni de douleur.

 

Commentaires

Aimer, c'est si beau que toute la laideur de l'être aimé devient comme par magie la raison même de cet amour...L'histoire de Rose ne doit pas s'écrire au passé mais au présent, Rose est l'histoire de quelques mères célibataires ou jeunes adolescentes qui font leur traversée du "désir" avec un "imposteur"...
Cette partie de l'histoire dévoile le côté vulnérable, fragile limite "enfantin" de Rose et je pense que dans chaque femme on peut encore déterrer les "vestiges" d'un tel mythe: celui du "Prince Charmant"...
Belle plume en tout cas!

Ecrit par : JAS | 10.11.2007

Pourquoi n'écris-tu plus?

Ecrit par : Mandor, président de la FAPM | 24.11.2007

@ Mandor: Peut être parce que j'avais besoin de savoir que quelqu'un me lisait pour pouvoir continuer :-)

Ecrit par : La maman de Rose | 24.11.2007

Mais en même temps, si tu n'écris plus, comment veux-tu que les "visiteurs" soient fidèles?
Alors, que tu écris bien et durement.
Et j'aime ça!

Ecrit par : Mandor, président de la FAPM | 24.11.2007

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