« 6 - La première fois | Page d'accueil | 8 - RACHIDA - Suite »
26.11.2007
7 - Rachida - première partie
Rose s’ennuie. Elle arpente le rayon chausson – son rayon chausson- d’un pas lourd et trainant. Tous les lundis, mardi et jeudi, de 10h00 à 18h00, depuis maintenant 5 mois, elle vient perdre un peu de son temps pour gagner un peu d’argent. De temps en temps un client passe, mais rarement ne s’arrête. Seuls les vieux et les futurs hospitalisés viennent fouiner au milieu des charentaises aux couleurs d’automne et des mules de satin fuchsias. La bande musicale enregistrée n’a pas été changée depuis son embauche. Elle connait chaque morceau par cœur et fredonne du bout des lèvres des heures durant les mêmes chansons débiles du hit parade de l’été dernier. Les autres filles du magasin n’aiment pas Rose : « Elle se prend pas pour de la merde, celle là ». Rose sait effectivement faire comprendre à ses collègues toutes les choses qui les séparent : Une attitude légèrement condescendante, un regard toujours un peu lointain, une légère hésitation systématique sur le prénom de la personne qu’elle interpelle et en un temps record, Rose est devenue la personne la plus haïe du Monoprix de la place Voltaire. Seule Rachida, du rayon bijouterie, brave l’Omertà en venant retrouver Rose plusieurs fois pas jours dans l’allée centrale.
Rachida habite à Chelles et mets une heure trente pour venir travailler. Elle a un contrat de 35h00 et vient donc tous
les jours prendre son poste au rayon bijouterie. Rachida a 30 ans et vit seule. Rachida est brune, a la peau diaphane et les yeux bleus. Rachida est d’une beauté qui coupe le souffle, réellement. Tout en elle inspire la sensualité et le désir : Ses longs cheveux noirs et brillants qu’elle attache négligemment avec tout ce qu’elle trouve sous la main : stylo, pinceau, baguette chinoise. Son corps est svelte et élancé, sa poitrine est ronde et généreuse, sa bouche est gourmande, son odeur est de miel… Après Rose, cela fait donc d’elle la personne la plus détestée du magasin. Une arabe aussi belle est une insulte pour les Magali Vernier, les Virginie Lopez et autre Véronique Brénouche. Les deux jeunes femmes se retrouvent donc régulièrement dans l’allée centrale et regardent les fesses des clients les moins moches, en pouffant comme deux gamines, sous le regard courroucé des caissières patibulaires.
Il est 11h00 et Rachida n’est pas venue ce matin. La caisse du rayon bijouterie reste désespérément vide et Rose est inquiète. Rachida avait un dîner hier soir. Un homme, un client rencontré 15 jours plus tôt et qui était venu chaque jour depuis deux semaines lui réclamer un rendez vous. Rachida l’avait tout d’abord éconduit assez violemment. Le type était revenu chaque jour et avait fait montre d’une telle détermination qu’elle avait finie par accepter un dîné. Il était plutôt mignon et il portait des vêtements élégants et chers. Rose avait participé au fléchissement de son amie en devisant longuement sur le charmant petit cul du prétendant. Rose regrettait à présent ses paroles de la veille : « qu’est ce que tu as à perdre ? Au pire c’est un mauvais coup mais au moins, t’auras mangé autre chose qu’une boite de raviolis devant la télé !» Elle tentait de se rassurer en imaginant Rachida dans un grand lit blanc, endormie, magnifique, heureuse et comblée d’une nuit d’amour inoubliable. Mais l’angoisse l’emportait et sa vision se transformait alors en une scène cauchemardesque et des taches rouges sombres apparaissaient sur les draps immaculés et le coup de Rachida s’ouvrait comme une boite de conserve et l’ombre d’un homme portant un long couteau de cuisinier se dessinait en …
« Rose ! oh ! tu rêves ou quoi ! »
Rachida, un critérium planté dans la tignasse se tenait devant elle en souriant. Rose sortie de sa torpeur et tomba dans les bras de son amie. Une fois rassurée sur son intégrité physique, elle la questionna longuement sur le déroulement de sa soirée. Rachida lui raconta le restaurant, luxueux et raffiné, puis la chambre d’hôtel, confortable et élégante et enfin Antoine, endurant et vigoureux. Rose, qui en dehors de sa demie-heure hebdomadaire avec Bernard, n
’avait aucune activité sexuelle « partagée », écoutait avec envie son amie lui décrire avec précision le nombre de fois, les positions empruntées, les particularités anatomiques du monsieur et lui confirma ainsi son opiniâtreté quant à son postérieure qu’il avait effectivement de fort beau.
Lorsque Rachida déclara à Rose qu’Antoine voulait passer la prochaine soirée avec les deux jeunes femmes, Rose accepta sur le champ avec un enthousiasme non dissimulé. Après tout, elle aussi en a assez des boites de raviolis.
00:05 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



Commentaires
Je te lisais et un sourire se dessinait "naïvement"sur mes lèvres, j'aime ce style de narration, j'aime ton personnage, Rose me plaît...
Un plan à trois, ça promet...Sourire
Bonne inspiration ;-)
Ecrit par : Jas | 26.11.2007
Moi aussi ça m'a donné envie de sourire... Et d'acheter des chaussons, tiens... Beau texte, vraiment. Merci...
Ecrit par : A.D. | 26.11.2007
... Et vivement la suite!
Ecrit par : A.D. | 26.11.2007
@ JAS: Contente que la grande romantique que tu es (si si) puisse apprécier les aventures de Rose...
@A.D: J'ai lu vos commentaires. Ensuite j'ai fait quelques bonds autour de mon ordinateur en hurlant comme une folle. Ensuite je les ai fais lire à tous les gens qui se trouvaient à proxmité de mon bureau (y compris ceux qui s'étaient approché à cause du boucan engendré par les dits commentaires -inclus un livreur de pizza et le réparateur de la photocopieuse). Ensuite j'ai fais encore quelques bonds autour du bureau, mais en silence cette fois, rapport à mes collégues qui voulaient manger leur pizza au calme. Et puis finalement, frustrée de ne pouvoir exprimer dignement ma joie, j'ai boulotté quelques parts de pizza (13) et je dois dire qu'après ça, même la tête dans la cuvette d'improbables toilettes d'un improbable bureau de la défense, l'honneur et le plaisir ressentis à la lecture de vos commentaires sont restés intactes.
Je pense que vous l'aurez compris, j'aime beaucoup ce que vous faites.
Ecrit par : La maman de Rose | 26.11.2007
Bah dites donc, j'ai rarement mis quelqu'un dans cet état :-)))
Toutes mes excuses au livreur de pizza, qui, conséquemment, a pris beaucoup de retard dans ses distributions... En tout cas, c'était sincère.
A vous lire.
Ecrit par : A.D. | 27.11.2007
J'adore les raviolis.
Mais il faut qu'ils ai chauffé longtemps, pour que ça attache bien à la casserole, et avec beaucoup beaucoup beaucoup de gruyere.
Et encore un peu de gruyere.
mais c'est pas le sujet j'en conviens.
Beau Texte.
Ecrit par : Fishturn | 11.12.2007
Les commentaires sont fermés.