« 7 - Rachida - première partie | Page d'accueil | 9 - La disparition »
12.12.2007
8 - RACHIDA - Suite
Le bar était sombre et des volutes de fumée de cigarettes semblaient tisser une toile autour des petites tables de bois laquées. Rose but sa cinquième vodka cul sec. Le poing sur la joue et la mine boudeuse, elle décrivait de son autre main des circonvolutions étranges et lancinantes, tel un chef d’orchestre filmé au ralenti. Elle battait effectivement la mesure. Mozart. Le requiem. Ses écouteurs vissés dans les oreilles, plus rien ne pouvait l’atteindre. Ses lèvres bougeaient parfois pour fredonner un DIES IRAE. Ses yeux se fermaient souvent. Pour se rouvrir quelques secondes et ne surtout pas voir la main d’Antoine lui caresser lascivement le haut de la cuisse. Rose était concentrée et ivre. Elle regardait de temps en temps Rachida, lui souriait et fermaient à nouveau les yeux pour ne plus rien sentir. Au milieu d’une envolée lyrique de Sopranes, la main d’Antoine se crispa soudainement sur la cuisse de Rose. Elle ouvrit les yeux et vit sur l’entrejambe de ce dernier un petit animal à la toison sombre et luxuriante. Elle chercha le regard complice de son amie mais Rachida ne se trouvait plus à côté d’Antoine. Elle comprit alors que ce qu’elle avait pris pour une bestiole était en fait la chevelure abondante de son amie. Elle mit quelques secondes à considérer le rapport de cause à effet. Lorsqu’elle comprit enfin que : tête de Rachida + entrejambe d’Antoine supposait autre chose qu’un simple lacet défait, Rose se leva et s’installa à une autre table, seule. 
Elle fit un signe au serveur qui lui apporta illico une vodka pure, sans glace. Elle sirota un moment son verre puis remarqua un homme assis seul au comptoir. Elle décida d’aller faire un brin de causette. Elle coupa son Ipod et vint s’assoir à ses côtés. Déséquilibrée par l’alcool elle rata son tabouret et s’effondra sur le garçon. Surpris, ce dernier perdit à son tour son équilibre. Ils tombèrent tous deux à terre. Rose se retrouva à califourchon sur le jeune homme. Elle resta immobile, à l’observer. Lui non plus ne bougeait pas, tétanisé par la position quelque peu ridicule dans laquelle il se trouvait. Allongé de tout son long, une inconnue allongé sur lui, le seul mot qu’il réussi enfin à articuler fut « bonjour ». Rose le regarda amusée et lui rendit son bonjour en l’embrassant à pleine bouche. Subjugué, le jeune homme se laissa faire au début puis, réalisant qu’une langue étrangère explorait les recoins les plus reculés de sa cavité buccale, il chercha à se défaire de l’étreinte. Le mouvement fut bref et précis : Rose fut propulsée en arrière et le garçon se leva promptement tout en s’essuyant les babines. Rose se releva avec un peu moins de grâce (elle retomba deux fois avant de gagner enfin son combat contre la gravité). Rachida, que le bruit de la chute avait ramenée à la surface, s’approcha du jeune homme.
« Qu’est ce que t’as fait à ma copine toi ? »
Rose s’approcha d’eux en titubant.
« T’inquiètes Rach, c’est moi qui lui suis tombée dessus. Tu peux retourner sous ta table. »
Antoine, que le bruit de la chute avait également ramené à une certaine réalité (par effets interposés) s’approcha du petit groupe.
« Qu’est ce que t’as fait à la copine de ma copine toi ? Je vais te casser la gueule ! »
Rose et Rachida retinrent Antoine par les deux bras tandis que le garçon ne pouvait détacher son regard de l’énorme sexe en érection qui sortait, tel une arme secrète de super héros, de la braguette ouverte de son agresseur. Antoine fut raccompagné par les deux femmes et Rachida retourna finir son stage de spéléologie.
Rose était revenue s’installer (verticalement cette fois) à côté du jeune homme. Un peu méfiant, il jetait de brefs regards du côté de la table mouvante pour s’assurer que tout le monde avait réintégré ses activités d’avant leur chute. Il se risqua enfin à prononcer quelques mots.
« Maintenant que vous m’avez embrassé, peut être pourrions nous nous présenter ? Je m’appelle François ».
« Moi c’est Rose et elle, sous la table la bas, c’est Rachida. Le type qui lui tient la tête, c’est Antoine. On doit aller chez lui après. Tu habites loin d’ici, toi ? »
Rose quitta l’appartement de François à 08h00 du matin. C’était dimanche, Il pleuvait et même Mozart ne parvenait pas à lui faire oublier la nausée qui l’envahissait depuis son réveil. Elle courrait presque, perdu dans ce quartier de Belleville qui n’était pas le sien. François l’avait regardé tendrement. Il l’avait regardé tendrement lorsqu’elle était sortie de la salle de bain. Il l’avait regardé tendrement alors que depuis 20 minutes Rose vomissait ses tripes en émettant des sons plus proches de l’animal que de l’être humain. Son visage également rappelait une lointaine filiation reptilienne et pourtant, il l’avait regardé tendrement. Il l’avait même prit dans ses bras. Tendrement. Rose eut peur de laisser des traces sur un garçon si tendre et décida qu’elle ne le reverrait pas. Elle rentra chez elle et se coucha immédiatement. Du fond de son lit, le cœur au bord des lèvres, elle se mit à pleurer comme une enfant, à chaudes larmes, avec des hoquets, de la salive et de la morve et puis elle finit par s’endormir avec un peu de sel au coin des yeux.
01:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Je ne sais vraiment pas quoi penser de cette suite, j'assiste à la décadence de ton personnage, quelques notes d’humour noir dans un climat de débauche…
Belleville,un dimanche matin à 8h00, il pleut…Rien qu’en lisant ce détail je déprime.
Tu es si cruelle.Pauvre Rose !
Ecrit par : Jas | 12.12.2007
Les commentaires sont fermés.