03.02.2008

12 - La disparition - suite (3)

-« Merde ! Ah merde ! Putain ! Merde ! Putain ! La vache, alors ça ! Merde ! »

 

6485ebbcc4ba17e67f8e59e1acc80727.jpgLorsque rose est émue, Rose est vulgaire. Alors de voir cet homme surgir de son passé lui provoque finalement un flot ininterrompu de gros mots. Elle enchaine les « merde » et les « putain », les ponctue d’un « la vache » bien appuyé et tombe enfin dans les bras de l’inspecteur sur un classique « enculé » emplit de tendresse.     
-« Aucun doute, tu as bien changé. La fillette que j’ai trouvé sur cette autoroute avait un langage bien plus châtié que le tiens… »          
- « C’est que… Merde, quoi, Père Noel, c’est toi qui m’avez sauvé ! Vous n’imaginez pas le choque que c’est pour moi de te voir en chair et en os ! » Elle se dégage de son étreinte, se rassoit sur sa chaise, puis se précipite à nouveau dans ses bras.            
-« Je suis tellement contente de vous rencontrer ! J’ai très souvent pensé à vous pendant toutes ces années. Vous voyez, j’ai gardé ton cadeau ! »    
Elle exhibe le pendentif et se dirige précipitamment à la fenêtre pour essuyer pudiquement une petite larme qu’elle n’a pas réussi à contenir.         
L’émotion de ces retrouvailles n’empêche pas l’inspecteur de remarquer que Rose est devenue une très jolie femme et ce débordement d’affection le met soudain mal à l’aise.   
- « Rose, pour commencer, on va dire que tu me vouvoie, je préfère. Et puis ne m’appelle pas père Noel, mon nom est Larique, Damien Larique, inspecteur principal à la criminelle ».

 

Police criminelle … L’inquiétude se mêle alors à l’émotion et la gorge de Rose se sert un peu plus. Elle se retourne et le fixe de ses iris devenues sombres. 
-«  Au fait, vous êtes ici pourquoi ? Qu’est ce qui est arrivé à Rachida ? »        
-« C’est ce que je m’efforce de découvrir et je comptais un peu sur toi pour m’y aider. Tu la connais bien cette Rachida ? On m’a dit que vous étiez copine elle et toi. Peux-tu me dire quand est ce que tu l’as vu pour la dernière fois ? »   
Rose s’assoit parce qu’elle a peur de tomber. Ses jambes, son cœur, sa tête, ça vaçille ça s’emballe et ça s’échauffe, elle sent la nausée l’envahir, elle ferme les yeux et sert son pendentif porte bonheur. Luttant pour ne pas vomir, elle articule difficilement un « merde », suivis d’un « putain », et enfin, après une bonne minute de concentration : « Jeudi dernier, au magasin. On ne s’est pas vu du week end. Mais bordel, vous allez me dire ce qu’il se passe ? ».

 

L’inspecteur s’assoit en face d’elle et sort de la poche intérieur de sa veste en velours noir côtelé un petit carnet à spirale. Il fait défiler les pages gribouillées au stylo noir. Il attrape dans son autre poche intérieure une paire de demi-lune qui une fois posées sur son nez,  accentuent la rondeur de son visage. Après un léger toussotement de comédien qui entre en scène, il lit à Rose les notes en pattes de mouches inscrites sur le carnet :
-« Dimanche soir à 20H14 le commissariat de Chelles à reçu un appel de détresse émanant d’un téléphone portable appartenant à mademoiselle Rachida Arfi. Elle a indiqué qu’un homme tentait de pénétrer chez elle par effraction. Une équipe s’est présentée au domicile de la plaignante 7 minutes après son appel. La police a trouvé la porte de son appartement ouverte. Des signes de lutte visibles et des traces de sangs dans la cuisine, mais pas de Rachida. Les voisins n’ont rien vu ni entendu. Aucune demande de rançon et sa famille dit ne plus avoir de contact depuis plusieurs années. Ce pourrait être une banale histoire de violence conjugale, sauf que voilà, ce matin, lorsque je suis venu au magasin pour interroger son employeur, ses collègues et toutes les personnes susceptibles de m’en dire un peu plus sur la victime, j’ai eu ma première surprise : on a commencé par me dire que Rachida était à son poste de travail.  Sa carte de pointage avait effectivement été utilisée et madame Alphonso assure l’avoir croisée vers 08H50 dans le vestiaire des caissières. Nous avons donc cherché cette demoiselle dans tout le magasin mais elle reste introuvable. Le plus étonnant est que nous avons trouvé ces effets personnels dans son casier : manteau, sac à main avec carte bancaire, papier d’identité et téléphone portable. Rachida s’est donc présentée au magasin ce matin, a déposé ces affaires dans son casier, a utilisé sa carte de pointage à 08H54 et puis plus rien. Nous avons vérifié son téléphone portable : l’appel reçu par le commissariat de Chelles a bien été passé de cet appareil. Mais il y a encore plus étrange : nous avons trouvé dans son téléphone une photo qui prouve sa présence « réelle » au magasin ce 275130aa18b961817fb0df2a8a51c3d8.jpgmatin»  
L’inspecteur lui tend le téléphone portable. Rose découvre une Photo de son amie devant son vestiaire. Elle tient un journal gratuit que l’on trouve aux sorties de métros. Il est daté d’aujourd’hui. Sur la photo, Rachida a l’air tout à fait normale. Elle porte un pull noir et ses cheveux sont détachés. L’angle de la prise de vue et la position de Rachida laisse supposer qu’elle s’est photographiée elle-même. Un détail frappe soudain Rose : ses cheveux. Ses longs cheveux noirs accrochés avec tout et n’importe quoi. Rose ne l’a jamais vu avec les cheveux détachés. Elle lui avait expliqué un jour que pour une femme élevée dans la religion musulmane, les cheveux sont un symbole de luxure et les montrer un acte d’indécence. Malgré son émancipation religieuse, elle n’avait jamais lâché sa chevelure abondante en public. « J’aurais l’impression d’être une pute ». Alors elle cherchait constamment un élastique, un crayon, une baguette chinoise et se confectionnait des chignons improbables qui lui donnaient l’illusion du « comme il faut ». Alors pour Rachida, se prendre en photo « en cheveux », était impossible. A moins qu’elle n’y ait été contrainte.

 

Ce simple fait suffit à persuader Rose que son amie était réellement menacée, tandis que l’inspecteur Larique commençait à penser qu’il était simplement victime d’une manipulatrice.         
-« Si tu veux mon avis, Rose, je crois que ta copine a du faire deux ou trois trucs dont elle n’est pas très fière et a eut un besoin urgent de disparaître de la circulation, en faisant passer cela pour un kidnapping. Je ne comprends effectivement pas pour quelle raison elle s’est prise en photo ce matin. Peut être est ce pour laisser un souvenir à ses proches ?»           

 

Rose retourna à son rayon chausson et passa la journée à surveiller les allées et venues des clients, espérant voir apparaître Rachida au bout d’une tête de gondole. Elle garda également la main dans sa poche, serrant compulsivement son téléphone et espérant le sentir vibrer. Mais personne n’appela et elle rentra chez elle à  19H30 sans avoir aucune nouvelle de son amie. Alors qu'elle allait ouvrir la porte de son appartement,  un petit filet de lumière diffus au niveau du paillasson attira son attention. Elle était certaine d’avoir éteint en partant ce matin et elle pensa immédiatement qu’il pouvait s’agir de Rachida. Elle ouvrit la porte précipitamment, convaincue d’y trouver derrière son amie disparue.        

 

fe51c6bf1556f6be6c2f5f4287b93469.jpgLe spectacle qu’elle découvrit la figea d’horreur. Elle resta plantée quelques seconde sur le pallier, sans pouvoir bouger ni parler. Elle se retourna enfin et alla vomir dans l’escalier. Lorsque les spasmes se calmèrent, Rose s’assit sur une marche, dos à la porte de son appartement. Elle respira profondément et composa un numéro sur son téléphone portable. A présent, seul le père Noel pouvait l’aider. Ca tombait bien, depuis ce matin elle avait retrouvé son numéro.

 

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