08.07.2008

18 - Une pause

la_foule.jpgRose resta figée quelques instants, terrorisée par ce qui pendait à sa poignée de porte. Elle avait jeté son pendentif dans un bosquet, à plusieurs kilomètres de chez elle et quelqu’un le lui avait déposé là, à son appartement, pendant qu’elle prenait une douche. Cela voulait dire qu’on l’avait suivie, cela voulait dire aussi qu’elle n’était pas folle, mais cela voulait surtout dire qu’elle était sans doute en danger… Elle attrapa le bijou et descendit les escaliers en courant. Elle se retrouva dans la rue et se mis à marcher à vive allure, sans but précis, le cœur battant. Elle marcha ainsi une bonne demi-heure, en se retournant toutes les deux minutes afin de vérifier si quelqu’un la suivait. Soudain, en passant devant un café elle crut  apercevoir Rachida au comptoir. Elle s’arrêta net et se précipita à l’intérieur en bousculant les clients qui lui barraient l’entrée. Lorsqu’elle parvint à hauteur du comptoir, il n’y avait plus qu’un jeune homme assis sur un tabouret de bar. Rose demanda au Barman ou se trouvait la jeune femme  qu’elle avait aperçut de l’extérieur  et il lui répondit qu’il n’avait vu personne. Dépitée, Rose s’installa sur un tabouret et commanda une Vodka.      
-« Sans glace, la vodka. N’est ce pas ? » Le jeune homme assis prêt d’elle la regardait en souriant timidement. Effectivement, Rose ne prenait jamais de glace dans aucun des alcools qu’elle buvait. Elle se tourna vers lui et le reconnut aussitôt.   
-« François… Qu’est ce que tu fous ici ? »       
-« Moi aussi je suis content de te voir, Rose… Mais pour répondre à ta question, je te rappelle que j’habite un peu le quartier… C’est vrai aussi que depuis qu’on a couché ensemble, tu n’es pas beaucoup venu me voir…  »        
Rose plongea le nez dans son verre. Merde… Elle n’avait pas remarqué que sa petite ballade l’avait conduite dans une rue de Belleville, et pas n’importe quelle rue. La sienne. Et elle n’avait franchement pas besoin de se taper les remontrances d’un amant éconduit. Sa vie était suffisamment compliquée comme ça. Son premier reflexe fut de le planter là, sans un mot d’explication et de partir en courant sans se retourner. Mais elle était lasse et son verre encore à moitié plein. Elle décida donc de l’affronter et lui adressa son plus beau sourire, qui, au vu de son état, se transforma en une sorte de rictus peu crédible.           
-« Excuses moi. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis désolée de ne pas t’avoir appelé plus tôt mais… Ces derniers temau_bar.jpgps, j’ai eu quelques… Problèmes… » En même temps que les mots franchissaient sa bouche, les larmes emplissaient ses yeux et la nausée son cœur. Elle se trouva violemment submergée par une émotion contenue depuis bien trop longtemps. Elle se détourna de François et ses épaules se crispèrent sous les hauts le cœur. Mais comme elle n’avait pas mangé depuis 24 heures, seul un mince filet de bille finit par atterrir mollement sur le carrelage.  Elle se mit alors à pleurer à chaudes larmes, sans pouvoir s’arrêter, les poings sur les yeux et reniflant bruyamment. François resta assis à côté d’elle, sans rien faire. Il la regardait se répandre, sans plus aucune retenue. Tous les clients du bar s’étaient également interrompus dans leur conversation et semblaient mal à l’aise devant l’impudeur de sa souffrance. François finit par la prendre par la taille et la poussa vers la sortie. Une haie d’honneur silencieuse se forma jusqu’à la porte et ils quittèrent l’établissement sans même régler leur consommation.

Arrivé chez François, Rose s’effondra sur le lit et pleura encore une bonne heure durant. Il se contenta de rester près d’elle, lui caressant le bras ou la nuque et l’abreuvant d’infusion à la camomille. Elle finit par s’endormir, toute habillée et fit un rêve étrange. Elle marchait dans un corridor sombre vers un point lumineux qui paraissait lointain. Sa propre respiration résonnait comme dans une cathédrale et les battements de son cœur frappaient comme des coups de tambour. Quelqu’un criait son nom derrière elle, d’une voie sombre et effrayante. Rose voulait courir mais comme dans tout rêve qui se respecte, et malgré l’énergie déployée, elle faisait du sur place. Devant elle le point lumineux se rapprochait et elle pouvait enfin distinguer la silhouette de l’inspecteur Larique. Il lui tendait la main. Au moment ou elle allait enfin pouvoir l’attraper, elle sentit un souffle dans son coup. Son poursuivant l’avait rattrapé. Elle tenta de crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. La voix hurla son prénom derrière elle et elle se réveilla en hurlant à son tour. François était toujours assis à côté d’elle et lui caressait le front.           
tunnel.jpg-« Tout va bien. Tu as fais un cauchemar, mais c’est finis. Je suis là maintenant. » Rose se leva d’un bond et regarda par la fenêtre. Il faisait nuit.   
-« Qu’elle heure est il ? »          
-« Il est trois heure. Du matin… Tu as dormie 13 heures d’affilées. Faut croire que tu avais besoin de repos ! Je te fais un café ? » Rose émergeait difficilement et elle mit quelques instants à quitter l’émotion de son cauchemar.         
-« Tu es resté là pendant tout ce temps ? »      
-« Pas bougé d’un pouce. Tu as beaucoup rêvé, et j’espère que je n’étais pas dans tes rêves… ça n’avait pas l’air terrible… »           
-« J’ai parlé ? »
-« Un peu… Des bribes… J’ai rien compris. Tu veux m’en parler ? »                 
-« Je vais pour le moment retenir ta première question : oui, je veux bien un café. Avec une bassine s’il te plaît. Je crois que je vais vomir… » 
François n’eu le temps ni de l’un, ni de l’autre. Elle fut secouée par les hauts le cœur quelques instants mais rien cette fois ne vint se répandre sur la moquette. Totalement à jeun depuis presque deux jours, elle fut prise de vertiges et du s’allonger sur le lit. François fonça à la cuisine et lui rapporta à peu près tout ce que son frigo et ses placards contenaient de comestibles. Il déversa le tout sur le lit et Rose se trouva au milieu de paquets de gâteaux, boites de conserves et fromages en tous genres.
-« Quelques petits beurres pour commencer…ça devrait passer, non ? » Il lui fourra un gâteau dans la bouche et attendit qu’elle déglutisse pour lui en proposer un autre. Rose se laissa faire et avala la moitié du paquet en ponctuant de temps en temps son grignotage de grandes gorgées de jus d’orange. Elle reprenait quelques couleurs et à sa troisième « vache qui rie », elle se sentit suffisamment vaillante pour faire quelques pas. François resta assis sur le lit, silencieux, prêt à bondir à la moindre faiblesse.       
-« Je crois que ça va aller maintenant. Je me sens beaucoup mieux. Je voudrais prendre une douche … Si ça ne te dérange pas… »           
François lui donna une serviette éponge et une brosse à dent neuve, encore dans son emballage.
-« Tu vis seul ? »         
-« Comme tu peux le voir... Même pas un poisson rouge pour me tenir compagnie.  Heureusement, il y a des filles qui passent de temps en temps, mais elles reviennent rarement… Ou alors dans un piteux état… » Cette dernière réflexion, même si elle était censée être drôle, mis Rose mal à l’aise. Elle n’avait pas l’habitude de coucher avec le premier venu et elle n’en était pas très fière. Elle regarda François d’un air désolé et le sourire qu’il lui rendit effaça aussitôt son malaise. Il n’avait pas l’air de lui vouloir du mal. Bien au contraire. Rose avait rarement rencontré quelqu’un d’aussi gentil et délicat avec elle. Elle se souvenait que cette tendresse évidente que l’on pouvait trouver dans son redouche.jpggard avait été une des principales raisons de sa fuite. Ce garçon était bien trop gentil pour elle. Elle ne voulait pas prendre le rique de le réduire en miette et avait préféré partir et ne jamais le revoir. Sauf que maintenant, elle était ravie d’avoir un gentil garçon qui s’occupe d’elle. Puisque  Larique l’avait abandonné. Elle s’était faite planter par le père Noel et c’est un ange qui l’avait recueilli. Sous la douche brulante, Rose fit le bilan de sa situation : Elle n’avait plus d’argent, sans doute plus de travail, plus d’appartement,  sa meilleure et sa seule amie avait disparue depuis 3 semaines et la police la soupçonnait du meurtre de deux personnes. Quant à Larique… Elle l’avait retrouvé, puis perdu à nouveau…  S’il pensait vraiment Rose capable d’assassiner sa petite copine,  il n’y avait aucun réconfort à espérer de ce côté-là.  Finalement, François tombait à pic. Elle allait pouvoir se reposer un peu… Elle espérait qu’il saurait ne pas lui tenir rigueur de l’issue de leur première rencontre… Ils allaient repartir sur de nouvelles bases et cela devait commencer par une totale et entière confiance. Enroulée dans sa serviette marron, Rose ressemblait à un nem. Elle s’installa sur le lit et demanda à François de s’installer à ses côtés. Il s’exécuta et vint s’allonger chastement près d’elle. Rose se mit alors à parler. D’elle, de son enfance, de son  enlèvement, de Larique, de sa vie à Saint Brieuc et de sa nouvelle vie à Paris. Et puis elle lui raconta les meurtres et les soupçons qui pesaient sur elle. Les lueurs de l’aube teintaient le studio d’une pâle lumière blanche et François prit la main de Rose. Il ne fit aucun commentaire. Rose s’endormie doucement. Elle avait compris que François serait toujours là à son réveil, sa main serrée dans la sienne.  

    

mains.jpg

Pas très loin de là, Rachida se retourna un ongle et hurla de douleur. C’était le troisième. La lourde porte en bois qu’elle tentait de dégonder depuis trois semaines portait les stigmates de cette lutte inégale : de longues griffures de part en part et quelques trainées de sang laissées par ses coups de poings incessants. Malgré l’obscurité, elle devina l’aube naissante et s’agenouilla vers ce qu’elle espérait être l’Est. Et elle fit ce qu’elle n’avait plus fais depuis de longues années. Elle pria.

 

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