24.07.2008
19 - Zeïtun
-« Mais tu vas me le rendre, espèce de connasse ? » Rose attrapa le bras de la caissière et le secoua énergiquement. –« Tu va me le rendre et tout de suite ! » La pauvre fille se mit à hurler et très rapidement une foule compacte se forma autour de la caisse. Le Vigile arriva en courant et tenta de contraindre Rose à lâcher le bras de la caissière. En se débattant, Rose se retrouva à quatre pattes sur le tapis roulant, heureusement retenue à la taille par l’homme de la sécurité. Elle tentait de frapper la pauvre fille coincée sur son fauteuil, terrorisée et hurlant de panique. L’homme finit par empoigner Rose comme un paquet de linge sale. Ridiculement menaçante, elle continua de gesticuler en brandissant un bout de plastique arraché à la pauvre : « Virginie, votre hôtesse de caisse à votre service », tandis que le vigile l’emportait sur son épaule et la déposait sans ménagement à une dizaine de mètre de la sortie du magasin.
-« Lâche-moi, sale con ! Elle m’a volé mon dé ! Je vais lui casser la gueule ! » Rose tentait d’échapper à son cerbère en lui donnant des coups de pieds rageurs. Elle fut soudain immobilisée contre un mur par ses deux grosses mains musculeuses et sombres qui lui écrabouillaient les clavicules.
-« Mademoiselle, calmez vous s’il vous plaît. Et arrêter de gigoter comme ça. Vous ne retournerez pas à l’intérieur du magasin. Je vous en empêcherai. Maintenant, expliquez-moi ce que vous avez perdu et nous allons tenter de vous aider à le retrouver. » Il avait dit ça avec une telle fermeté que Rose se calma presque instantanément.
-« J’allais pour payer mon pot de Nutella quand le dé que je porte en pendentif est tombé aux pieds de cette sale pute ! Elle s’est baissée pour le ramasser, et puis elle m’a dit qu’elle ne l’avait pas trouvé ! Je l’ai vu le prendre ! Et je vous jure que si elle ne me le rend pas, je la crève ! »
-« Mademoiselle, c’est ça que vous avez perdu ? » Un jeune homme s’était approché et tenait le pendentif entre ses doigts. Rose l’examina et confirma qu’il s’agissait effectivement de son Dé porte-bonheur.
-« Je l’ai trouvé à côté du photomaton. » Rose visualisa la distance approximative qu’il y avait entre la pauvre Virginie et l’appareil. Environ 5 mètres. Le bijou avait du rouler en tombant. Consciente de sa méprise et rouge jusqu’aux oreilles, Rose s’empara de son pendentif et remercia le garçon en regardant ses pieds. Le vigil soupira en tournant lentement la tête de gauche à droite. 
-« Je crois que vous avez des excuses à faire, mademoiselle. Parce qu’à l’intérieur du magasin j’ai une caissière traumatisée qui serait en droit de porter plainte, vous savez ! » Rose réalisa qu’elle était sous le coup d’une enquête criminelle et qu’une plainte pour violence n’était pas forcément un atout dans sa stratégie de défense… Elle marmonna un « je suis désolée » et amorça son départ. Le vigile la retint par le bras.
-« C’est pas moi que vous avez violenté, donc vos excuses, je m’en fiche… » Il l’a tira sans ménagement pour la ramener à l’intérieur du magasin. Oubliant instantanément les mesures de prudences envisagées quelques secondes plus tôt, Rose se remit à hurler :
-« J’y retourne pas ! Lâche moi, putain, laisse moi partir maintenant ! Espèce de connard ! » L’homme restait indifférent aux insultes de Roses et continuait inéluctablement à la traîner vers son devoir de repentance. Le jeune homme qui lui avait ramené son pendentif était resté auprès d’eux et finit par interjeter auprès du Vigile. Il argua qu’elle avait l’air d’être encore très énervée et qu’il était sans doute encore prématuré de la présenter devant cette pauvre fille qui en avait suffisamment vu pour la journée. Il se porta garant de Rose en mettant en gage ses papiers d’identité et promis de la faire revenir dans la journée et de lui faire présenter ses excuses. L’argument finit par faire mouche et le Vigile retourna à l’entrée du magasin en rangeant consciencieusement les papiers du jeune homme dans la poche intérieur de sa veste. Rose le remercia poliment. Elle ne savait pas trop quoi penser de ce geste insolite et surtout, elle s’inquiétait de ce qui allait lui être demandé en retour.
-« Ben merci beaucoup, je… Je ne sais pas pourquoi vous avez fait ça mais c’était très gentil, en tout cas… »
-« J’étais derrière vous à la caisse. J’ai cru moi aussi qu’elle vous l’avait piqué, votre pendentif. Je crois que j’aurais pu réagir comme vous. En plus, vous aviez l’air d’y tenir… Vous permettez ? » Il mit le dé sur la chaîne en argent et se plaça derrière elle pour le lui accrocher autour du coup.
–« Si vous vous mettez dans cet état dès que vous perdez ce truc, faudrait voir à changer la fermeture, elle déconne un peu. Sinon, vous allez finir par vous attirer des ennuis… » Rose songea qu’elle en avait effectivement suffisamment comme ça. Et puis ce garçon était tout à fait charmant, a bien y regarder : Environ 35 ans, brun, pas très grand mais tout en muscle. Il avait aussi de très beaux yeux verts et des lèvres de femmes, charnues et sensuelles. Quant à sa voix elle était grave, caverneuse, profonde. Il avait une voix de Baryton et Rose adorait Barry White. Elle l’invita donc à prendre un verre au bar « Le Chiquito » qui se trouvait à l’angle de la rue. Confortablement installés sur deux banquettes de skaïs marron totalement défoncées, devant deux expressos servis dans de petites tasses crasseuses, le
jeune homme se présenta. Il s’appelait Zeïtun, il avait 36 ans et habitait Paris depuis toujours. Elle aurait pu deviner ce dernier point à la façon qu’il avait d’accentuer chaque fin de phrases par un « heu… » symptomatique des vrais parisiens. Ce détail aurait sans doute été rédhibitoire chez n’importe qui d’autre, pourtant Rose trouvait cela charmant chez lui. Elle l’écoutait parler- il parlait beaucoup - en se berçant au doux son de sa voix qu’elle trouvait si sexy. Il lui expliqua qu’il travaillait dans les nouvelles technologies. Il lui parla de sa vision du futur, de ce que serait sans doute le monde de demain, des nouveaux modes de communications et Rose trouvait tout cela charmant. Totalement éloigné de son monde à elle et de ses préoccupations du moment, mais tellement charmant. Ca la changeait un peu de son quotidien. Elle se terrait dans le petit appartement de François depuis bientôt 3 semaines et les distractions étaient devenues rares. Elle n’osait pas quitter le studio, effrayée à l’idée qu’un assassin trainait dehors, peut être à sa recherche. Son unique sortie de la journée se résumait à une visite éclair au supermarché du coin pour se réapprovisionner en pâte à tartiner. Elle en consommait des quantités indécentes depuis qu’elle habitait chez François et chaque jour, elle allait faire le plein en prenant soin de se planquer derrière une casquette et des lunettes de soleil. Question discrétion, elle avait un peu dérapé ce matin… Sa planque était sans doute compromise et si elle était réellement poursuivie, elle se trouvait alors dans une position délicate. Etonnamment, en cette fin de matinée ensoleillée, Rose se fichait totalement de savoir si son esclandre avait ou non attiré l’attention sur elle. Elle écoutait Zeïtun parlé et eut envie de l’entendre chanter.
-« Et tu sais, en plus de permettre aux personnes de mieux communiquer, ça permets aussi de réduire l’empreinte Carbonne de l’entreprise en limitant les déplacements ! Investir dans la visioconférence aujourd’hui, c’est aussi investir pour la sauvegarde de notre planète ! »
-« Ah oui… Et sinon, tu écoutes quoi comme musique ? »
-« Et la médecine s’y mets ! C’est ça qui est formidable, c’est que demain, on pourra soigner les gens à distance ! On pourra sauver encore plus de vie ! »
-« C’est formidable… Tu connais Barry White ? »
-« Sans compter que bientôt, on saura adapter cette technologie au grand public ! Toutes ces applications professionnelles se retrouveront dans ton salon ! »
-« J’ai pas de salon. Let the music play, tu aimes ? » 
-« Comment ça, t’as pas de salon ? » Rose comprit qu’il allait maintenant passer à la phase « je m’intéresse enfin à toi » et lui poser un tout un tas de questions auxquelles elle n’aurait pas envie de répondre. Elle abandonna à regret son fantasme de chanteur viril et joua la carte de la tranquillité.
-« Et a ton avis, les voitures, elles rouleront ou elles voleront dans 50 ans ? »
11:39 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
ca y est j'ai lu..c'est d'ailleurs mieux d'en lire plein d'un seul coup que une par une ;alors il faut que tu écrives plus vite!
Bon c'est toujours aussi chouette en tout cas ;une grande histoire d'amour se profilerait elle à l'horizon ?
Ta soeur (petite soeur).
Ecrit par : frederique | 12.08.2008
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