12.09.2008
22 - Zeïtun out
En ouvrant la porte elle comprit immédiatement qu’il n’était pas rentré. L’appartement vide et silencieux semblait lui reprocher cette absence et un violent sentiment de culpabilité l’envahit. Elle tenta de le joindre sur son portable et tomba sur sa messagerie. Elle raccrocha sans laisser ses coordonnées comme l’y invitait la voie faussement guillerette de François. Merde. Qu’est ce qu’il peut bien fiche dehors depuis ce midi… Elle s’installa sur le canapé et entreprit la lecture d’un magazine de potins de stars dont elle était friande. Sur les pages qu’elle survolait sans vraiment les regarder, se répandaient des visages fatigués de sorties de boites, des baisers de téléobjectifs et des sourires à 10000 euros. Le radio-réveil posé sur le bureau affichait un 19H03 vert fluo. Sur le clavier de l’ordinateur, le mot qu’elle avait laissé crevait d’une immobilité insolente. Elle abandonna sa lecture et se leva pour le déchirer en petits morceaux qu’elle alla jeter dans la poubelle de la cuisine. Dans le fond agonisaient les deux steaks et la poêle qu’elle avait jeté à midi. Elle revint sur le canapé et la culpabilité fit place à l’angoisse. Elle tenta à nouveau de l’appeler sur son portable. Cette fois elle entendit une sonnerie mais personne ne décrocha. Elle rappela une dizaine de fois de suite et obtint le même résultat. François ne voulait pas lui parler. François était fâché. Peut-être même qu’il était très en colère et qu’il allait la fiche dehors dès son retour. S’il rentrait... Merde. Elle avait encore tout saccagé. Sa vie était devenue n’importe quoi depuis quelques temps et la seule personne sur qui elle avait pu compter ne voulait plus lui parler, même au téléphone. Merde et merde. A cet instant, Rose aurait voulu être un coussin de canapé ou une canette oubliée sous un fauteuil. Elle aurait voulu se confondre avec le papier peint de la pièce ou rejoindre les steaks dans le fond de la poubelle. Oui, c’était là qu’elle aurait voulu être, entre les coquilles d'oeufs et les trognons de pomme puisqu’après tout, elle n’était qu’une merde. Elle resta vautrée sur le canapé en se rongeant les ongles, puis les petites peaux des ongles et enfin, à cours de substance solide, elle s’attaqua à la chair des doigts. Le temps, lui, passait doucement et le radio-réveil affichait maintenant un 23H17 toujours aussi fluo. Lorsqu’elle se leva pour aller mettre quelques pansements autours de ses auriculaires sanguinolents, la porte d’entrée s’ouvrit et François apparu, tel un ange répondant à l’appel du martyr juste avant de se faire boulotter par le fauve. Rose resta les bras en l’air, le pansement dégoulinant des doigts. Il s’approcha d’elle, observa les dégâts et sans un mot, il
lui fit de jolies petits bout de doigts roses et propres. Puis toujours sans un mot il la prit par la taille et l’embrassa doucement, d’abord sur le front, puis les joues et puis très délicatement ses lèvres vinrent frôler les siennes. Son baiser se fit de plus en plus pressant et Rose, collée contre le mur et le cœur battant laissait faire les choses sans chercher à comprendre. Pas d’excuses, pas d’explications. Ca lui convenait parfaitement. Il glissa ses mains sous son pull et caressa sa poitrine. Elle glissa ses pansements sous son teeshirt et lui caressa le dos. Il se colla encore plus près et elle pu sentir le degré de son désir. Il souleva sa jupe et fit glisser sa culotte par terre. Elle déboutonna son pantalon et se coinça un morceau de scotch saumon dans la braguette. Il la souleva doucement et Rose réalisa enfin qu’il était là. Il était avec, sur et en elle. Elle poussa un petit gémissement, puis un autre et François accéléra les mouvements de son bassin et Rose cria de plus en plus fort et François bougea de plus en plus vite et Rose cria de plaisir et cria de plus en plus fort jusqu’à hurler l’objet de son amour.
-« DAAAAAMIENNNNNNN !!! »

Enfermé dans les toilettes, François regardait, immobile, son reflet dans le miroir. Rose grattait à la porte depuis environ une heure. Elle n’avait pas su trouver les mots justes, ceux qui auraient pu faire passer sa bévue pour une chose très rigolote et sans conséquence. A cour d’arguments, elle finit par s’endormir en boule contre la porte comme un petit chien attendant que son maître accepte de lui ouvrir.
Zeïtun glissait lui aussi doucement dans le sommeil du juste. Il remonta le drap sur lui et se tourna pour ne plus entendre le léger grognement de la demoiselle qui dormait près de lui. Stéphanie… Bien moins jolie que Rose, mais au moins, il avait pu la sauter le soir même. Tandis qu’avec l’autre folle qui était partie en courant, sur qu’il aurait pu se la mettre sur l’oreille… Dommage. Elle était
vraiment canon, Rose. Complètement tarée… Mais elle avait un de ces culs !... Zeïtun toussa et Stéphanie se tourna violemment, le poussant presque en dehors du lit. Il se leva en la traitant de grosse vache entre ses dents et chercha dans l’obscurité sa ventoline. Il tomba sur Hector, le chat de la maîtresse les lieux, qui lui fila un coup de griffe rageur sur le nez. « Con de chat ! » grinça t-il toujours entre ses dents, soucieux de ne pas perturber les ronflements de son amie. A tâtons, il identifia enfin le tube en plastic et s’octroya une double giclée du nébuliseur.
Il était environ 08H30 lorsque Damien Larique reçut l’appel de son collègue. Il arriva sur place 20 minutes plus tard. Dans le salon, une jeune femme d’une trentaine d’année répondait aux questions d’une inspectrice tout caressant de façon compulsive un matou catatonique. Dans la chambre, le légiste était penché sur un corps et semblait humer les effluves de la bouche ouverte du cadavre. Il se releva et serra chaleureusement la main de l’inspecteur.
-« Ah ! Larique, je suis content de vous voir ! J’ai appris pour votre amie… Je suis profondément désolé. Alors comme ça, vous reprenez du service ? C’est très bien, ça ! En plus, avec ce meurtre, vous allez vous régaler ! Un empoisonnement ! A l’arsenic gazeux !
Jamais vu ça encore… »
Larique découvrit le corps allongé sur le lit. Quelques gouttes de sangs séchées sur le nez et dans la main encore crispée du cadavre, un tube de ventoline que le médecin légiste s’empresserait d’envoyer au laboratoire pour analyse…
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