22.06.2008

17 - Seule

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Rose était en garde à vue depuis 48 heures. Rien de ce qu’elle avait expliqué aux différents inspecteurs qui l’avaient interrogé n’avait pu la disculper, son problème principal étant qu’elle n’était pas en mesure de fournir le moindre alibi. Ni pour Bernard, dont la mort correspondait à peu près au moment ou Rose était rentrée chez elle, ni pour Aube : Cela s’était produit un dimanche et tandis que la blondinette se faisait poignarder, mutiler, décapiter et énucléer, Rose marchait dans les rues de Paris, sans rencontrer ni appeler personne, la seule amie qu’elle avait ayant disparu depuis trois semaines. Larique ne vint pas la voir une seule fois. Il resta cloîtré dans un petit bureau du cinquième étage, à lire et à relire son carnet de notes. Il cherchait farouchement à comprendre, à trouver un élément pour conforter son intime conviction. De temps en temps ses collègues venaient lui faire un compte rendu des déclarations de Rose et plus les heures s’écoulaient, plus Larique doutait. A l’issue du temps réglementaire de garde à vue, il fallut prendre une décision : Rose ne pouvait pas prouver qu’elle n’avait pas tué ces pauvres gens, mais la Police non plus. Pas le début d’un petit bout de commencement de preuve ne l’accusait. Aucun juge n’aurait signé une inculpation à partir des simples présomptions d’un inspecteur en deuil. Rose quitta donc la brigade judiciaire vers 10h, épuisée, et décida de retourner dans son appartement du 11e arrondissement. Intuitivement, elle avait intégré que ce ne serait sans doute pas une bonne idée de retourner chez l’inspecteur. Elle préféra marcher un peu malgré la fatigue. Elle n’avait quasiment pas dormie depuis près de deux jours et à travers son pull elle pouvait sentir l’odeur âcre de sa transpiration. Mais surtout, elle se sentait seule, orpheline, abandonnée. Elle avait perdu en quelques jours son amie, son amant et maintenant son héros de petite fille, l’homme qu’elle aimait par-dessus tout et qui lui avait promis de la protéger, quoiqu’il advienne… Elle ne pu empêcher les larmes de couler le long de ses joues et tandis qu’elle traversait la place de la république, elle arracha violemment le pendentif qu’elle gardait à son coup depuis toutes ces années et le jeta avec rage droit devant elle. Le petit dé d’argent alla  atterrir dans un bosquet du centre de la place et elle continua son chemin en pleurant, comme une gosse perdue au milieu d’une foule indifférente.

 

Arrivée devant son appartement, les celés posés sur  la porte lui rappelèrent qu’un homme avait été sauvagement assassiné et que rien n’empêchait l’auteur du meurtre de revenir s’occuper d’elle. Elle resta quelques minutes devant la porte, cherchant désespérément une autre option. Mais l’état de son compte en banque ne l’autorisait pas à prendre une chambre d’hôtel et  en dehors de l’inspecteur et de Rachida, elle ne connaissait personne d’autre susceptible de l’héberger. Elle n’avait donc pas le choix et se résolut à faire glisser les clés dans la serrure. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle découvrit l’appartement qu’elle avait quitté trois semaines auparavant dans un bien triste état : Tout avait été retourné. Les tiroirs étaient vidés, leur contenu éparpillés à terre. Le canapé du salon avait été éventré et la chambre ressemblait à un champ de bataille. Rose fut stupéfaite de découvrir que son appartement avait été vandalisé malgré le meurtre, malgré les celés sur la porte, malgré l’odeur de mort qui l’avait prise au nez dès qu’elle avait franchi le seuil… Elle alla s’enfermer dans la salle de bain, se déshabilla et pris une douche éclaire.  Elle alla ensuite dans la chambre sur la pointe des pieds, évitant les morceaux de verres brisés qui jonchaient le sol et pris au hasard, dans un tas de vêtements posés sur le lit, une culotte, une jupe, un pull et une veste, le tout enfilé en moins de deux minutes. Elle attrapa son sac et sortit immédiatement de l’appartement. Elle ne savait pas ou aller, mais elle ne pouvait pas non plus pasporte2.jpgser une minute de plus dans cet endroit. En claquant la porte derrière elle, elle entendit un petit tintement. Sur la poignée extérieure, elle aperçut une chaine au bout de laquelle un petit dé en argent se balançait doucement…

 

05.05.2008

16 - Le vent tourne

826612112.jpgDamien Larique resta prostré pendant plus d'une semaine. La découverte de son amie découpée en rondelles le laissa sur le carreau, HS, Kaput, hors service. Enfermé dans son appartement, Rose fut la seule à pouvoir l'approcher. Elle prit soin de lui. Elle lui fit à manger et le nourrit comme un enfant. Elle lui prépara son bain chaque soir et repassa une chemise propre chaque matin. Il se laissait faire, hagard et sans plus aucune volonté. Ils n'échangèrent pas un seul mot pendant sept jours entiers.

 

Au matin du huitième jour, Rose se réveilla avec une drôle de sensation. Le petit bureau dans lequel Damien lui avait installé un canapé Clic Clac était suffisamment exigu pour qu'en un quart de seconde on en fit le tour. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, un bref coup d'œil panoramique lui indiqua d'abord que tout semblait normal, à sa place. Pourtant quelque chose n'allait pas. Elle se leva et au moment ou elle passa à côté du bureau encombré de Damien, elle comprit l'origine de son malaise : Tout semblait exactement à la même place que la veille, sauf à un détail prêt : les dossiers semblaient rangés, plus ordonnés, comme si quelqu'un les avaient consultés et remis exactement à leur place, mais mieux. Ses doutes furent confirmés en voyant son porte feuille ouvert sur le bureau. Au moment de se coucher, elle avait regardé longuement une vieille coupure de presse datant du jour ou elle avait été retrouvée124825316.jpg par ce jeune étudiant déguisé en père Noël. Sur la photo qui accompagnait l'article on pouvait voir Damien portant Rose dans ses bras. L'article racontait la façon dont il l'avait récupéré sur ce bord d'autoroute. Le jeune homme regardait timidement l'objectif et donnait l'impression d'être presque encombré du petit bout de femme qui jouait avec sa fausse barbe de père Noel.

Elle n'avait pas rangé la coupure de journal. Elle en était certaine. Le petit bout de papier était pourtant plié en 4 dans le compartiment du porte feuille dans lequel elle avait l'habitude de le glisser. Rose tambourina à la porte de la Chambre de l'inspecteur :
-« Larique ! On a fouillé dans mes affaires cette nuit ! Larique ! Est-ce que vous avez fouil... »

L'inspecteur ouvrit la porte et sortit brusquement en bousculant Rose. Il se précipita dans le salon, puis dans la cuisine et finit par se planter devant la porte d'entrée. Il resta là, à observer la serrure, sans rien dire. Rose tenta de lui demander des explications mais un simple mouvement d'une main autoritaire lui intima l'ordre de se taire. La situation semblait grave, aussi Rose s'exécuta et ne dit plus un mot. Elle se contenta d'observer Larique qui faisait maintenant les 100 pas dans le salon. Il marmonnait des choses qu'elle ne comprenait pas en se frottant le front et grimaçant comme un homme blessé. Il finit pas s'asseoir dans son fauteuil Louis 15 et enfouit son visage dans ses mains. Il émergea au bout de quelques minutes et regarda Rose qui commençait sérieusement à s'inquiéter de sa santé mentale.

-« Tout est lié, Rose, tout est lié, Le notaire, Aube, Rachida... Tout est lié et j'ai cru que tu étais le lien... Mais c'est moi... C'est moi... L'étrange disparition de ton amie m'a permis de te retrouver. Le notaire pendu dans ton salon m'a amené à te proposer d'habiter chez moi et Aube découpée en morceau fait de moi un homme libre... Il y a quelqu'un qui souhaite me voir tomber dans tes bras. »
-« En dehors de moi, je ne vois pas qui ça peut intéresser de savoir si on va finir par baiser ou pas. »
-« C'est bien le problème ma petite Rose. Ma chambre a été visitée cette nuit. Rien n'a été dérangé et pourtant on a fouillé dans mes affaires, j'en suis certain. La porte d'entrée n'a pas été fracturée et personne d'autre que toi n'a les clés. Même Aube ne les avait pas. Et tu vois, rien n'a été volé. Quelques affaires très légèrement déplacées de façon à ce que je puisse m'en rendre compte. C'est tout. Cette opération n'a pour but que de me fragiliser un peu plus en renforçant l'idée que tu es en danger. Cela doit exalter mon désir de protection, mais qui d'autre que toi aurait intérêt à ce que je le fasse ? »
-« Larique, vous n'allez tout de même pas croire que c'est moi qui... » Rose tenta un sourire complice et le ravala aussitôt en croisant le regard dur et froid de l'inspecteur.
-« Va falloir me prouver le contraire alors. »
Il lui empoigna le bras et la souleva violemment.
-« Mais bordel, Larique, vous avez pété une durite ! Comment pouvez-vous imaginer une seule seconde que je sois à l'origine de cette horreur ! Vous ne pouvez pas penser ça de moi, vous ne POUVEZ pas ! »

 

1888641257.jpgL'inspecteur Larique ne l'écoutait déjà plus. Il la traîna dans le bureau qui lui faisait office de chambre et l'enferma à clé. Rose colla son oreille contre la porte et entendit une conversation téléphonique étouffée. Même si le contenu lui échappait, elle comprit que Damien venait d'appeler ses collègues. 20 minutes plus tard, Rose quittait l'appartement de l'inspecteur, menottes aux poignets.

 

20.04.2008

15 - Aube à son crépuscule

428947318.jpgLe thé est servi et la conversation est ponctuée de silences pesants. Rose écrase son sachet d’Earl Grey contre sa cuillère.            
-« Et vous pensez que vous allez rester longtemps chez Dam… Chez l’inspecteur ? »   
-« Sais pas. Tant qu’on ne saura pas qui a assassiné Bernard, Damien pense qu’il est plus prudent que je reste sous sa protection. Vous n’y voyez pas d’inconvénient j’espère ? »       
Aube écrase à son tour son sachet d’Earl Grey contre sa cuillère.         
-« Absolument pas. Si Dam… L’inspecteur Larique considère que c’est ce qu’il y a de mieux pour vous… »     
Le sachet explose au fond de sa tasse et les feuilles de thé se répandent dans l’eau trouble.   
Rose retire ostensiblement son sachet de Thé intacte et le pose délicatement sur le rebord de la soucoupe.
-« Et vous faites quoi comme boulot ? »          
-« Je suis l’assistante de l’inspecteur, son bras droit… »          
-« Ouais, une secrétaire, quoi »
Aube se lève et va vider sa tasse dans la cuisine. Rose l’accompagne. Damien Larique se retrouve seul à la table du salon. Il continue de tourner sa cuillère dans sa tasse sans réaliser qu’il a oublié de mettre le sucre.      
-« Tu couches avec lui ? »        
-« Depuis deux ans. »  
-« C’est sérieux entre vous ? » 
-« On doit partir une semaine à Larmor Plage en mai. Oui, c’est sérieux. »        
-« Pfffff !!!! Alors là pardon, j’avais pas réalisé qu’il était en main ! Larmor plage ! Vache ! Ça c’est de l’engagement ! »      630663001.jpg     
-« Bon écoutes moi bien le pissenlit... »
Elle se rapproche de Rose et la menace de sa tasse vide.
« Tu t’approches pas de Damien. C’est mon mec et je compte bien m’assurer qu’il le reste ! »    
Rose se rapproche à son tour. 
-« Ben alors Blondie, de quoi t’a peur ? Putain, il t’emmène à Larmor Plage, c’est le signe d’une relation INDESTRUCTIBLE ça, je vois pas comment je pourrais lutter ! » Rose lui arrache la tasse des mains et va la rincer dans l’évier. Damien arrive dans la cuisine et regarde les deux femmes maintenant silencieuses.   
-« ça va? »      
-« Super, Larique, super. On s'amusait à comparer nos couleurs de cheveux ».      

 

 

Rose a du mal à avaler ses raviolis. Elle les écrabouille à la fourchette et crée de petits monticules réguliers dans son assiette.          
-« Tu ne manges pas ? »          
-« Pas faim. Dites moi, Larique, elle est vachement plus jeune que vous, Barbie ! Elle a quoi, dans les 30 ans, à tout casser ? »       
-« Elle a 34 ans. »        
-« Et vous ? Vous avez pas loin de la cinquantaine, non ? »     
-« 55 »                        
-« Et en dehors d’être jeune et blonde, qu’est ce que vous lui trouvez ? »         
-« Et bien, c’est déjà pas mal pour un vieux machin comme moi, tu ne trouves pas ? »   
-« Non, je trouve que vous méritez beaucoup mieux. Vous êtes un type formidable, un type que beaucoup de femme rêveraient de rencontrer. Des femmes qui ont plus à offrir qu’une jolie nuance de blond. Pourquoi vous ne vous êtes jamais marié ? Pourquoi les femmes vous font peur ? Pourquoi vous ne voulez pas être heureux avec moi ? Pourquoi tu me fuis, Larique, de quoi tu as peur ? » 
L’inspecteur  regarde son assiette vide. Rose se lève et s’agenouille à côté de lui.        
-« Je sens que ce n’’est pas un hasard si on s’est retrouvé. C’est pas Larmor Plage que je te propose. C’est la vie, le cœur qui bat et les lèvres qui tremblent. Mourir chaque jour un peu plus de trop aimer, toucher du bout des doigts l’absolue tendresse et ne plus penser qu’à y plonger le corps tout entier…
Mais tu as sans doute raison. Larmor Plage, c’est bien aussi. »
           
Il regarde toujours son assiette vide. Il ne dit rien parce qu’il n’y a rien à dire. Damien Larique est lâche face au bonheur.           
Rose se remet debout et débarrasse la table. Elle le regarde une dernière fois avant de s’enfermer dans la cuisine.      
-« De toute façon, en Bretagne, il flotte toujours au mois de Mai. »      

 

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Au même moment, dans un petit appartement du 15ème arrondissement, les cheveux blonds cendrés d’Aube traînent en petits tas réguliers sur le lino de la salle de bain. Dans le couloir de l’entrée, Kiki, un siamois caractériel de 8 ans  joue avec un œil en le faisant rouler entre ses pattes. L’œil finit sa course à la porte de la cuisine, bloqué par un pied sans jambe aux ongles vernis.