27.01.2008
11 - La disparition- suite (2)
Damien Larique, étudiant en droit à la fac d’Orléans et totalement fauché après s’être soumis avec délice, pendant plus d’un mois, a tous les caprices d’une certaine Amélie Renard, Damien rentrait donc ce matin là d’une nuit de travail au Macumba. Cette Amélie l’ayant véritablement essoré, il passait depuis une quinzaine de jours deux à trois nuits par semaine dans les boites de la région pour le compte d’une agence de communication. Son travail consistait à vanter les mérites de produits divers et variés en « incarnant » les dits produits. Il avait été consécutivement une boule de loto, un ours poilu féru de vodka, une allumette géante et cette nuit là, il avait distribué à des essaims de fêtards avinés des barres chocolatées, déguisé en père Noel. Il était flanqué de 4 assistantes en mini jupes rouges et bonnet blancs. Il était 7 heures du matin et c’est Valérie qui conduisait la petite R5 beige qui devait les reconduire à leur domicile respectif. A côté d’elle dormait Sabine et à l’arrière Delphine et Daphnée ronflaient doucement, le petit ponpon du bonnet se soulevant au rythme de leur respiration. Damien somnolait, coincé entre les deux lutines dont la caractéristique première était loin d’être leur petite taille… Lorsqu’il aperçut une fillette trottinant dans des bottes rouges sur la bande d’arrêt d’urgence, il crut d’abord à une illusion due à la fatigue. Il vérifia par la vitre arrière en se retournant brutalement et hurla à Valérie de s’arrêter. Il descendit de la voiture pour aller à la rencontre de cette étrange apparition.
Rose courrait depuis quelques minutes lorsqu’elle entendit des crissements de pneu. Un sentiment de panique l’envahit et elle détala aussi vite que ces petites jambes le lui permirent. Elle fut rapidement stoppée dans sa course par deux grandes mains qui l’attrapèrent sous les bras. Résignée parce que consciente de l’inégalité des forces, elle abandonna toute résistance et se contenta se fermer les yeux très fort.
- « Tout va bien ma puce, on se calme. Voilà. »
Rose ouvrit doucement les yeux et découvrit le Père Noël. Cette vision incroyable, même pour une enfant de 5 ans, suffit à la rendre amnésique des angoisses et des peurs vécues ces dernières 24 heures. Rose avait trouvé le Père Noël, le Père Noël allait la ramener à la maison et lui filerait au passage un ou deux cadeaux d’avance. Il ne pouvait dorénavant en être autrement, tout allait forcément être merveilleux puisque le PERE NOEL se tenait devant elle. Il la prit dans ses bras et l’embarqua dans son traineau à moteur plein de fées en minijupes.
Damien l’emmena au poste de gendarmerie le plus proche. Les parents de Rose qui avaient signalé sa disparition la veille arrivèrent 6 heures plus tard. Damien resta tout ce temps auprès de la petite. Avant de partir, elle demanda timidement s’il avait un cadeau pour elle. Après tout, c’était son boulot d’en distribuer, il devait bien avoir un petit quelque chose au fond de sa hotte-sac à dos… Damien, pris au dépourvu, chercha au fond de ses poches et en sorti un petit porte-clés en métal argenté en forme dé. Il le tendit à Rose en lui disant de le garder précieusement.
- « C’est un dé magique. Lorsque tu auras peur de quelque chose, sert le très fort en pensant à moi et ta peur disparaitra. »
Rose ne sembla pas traumatisée par cette expérience. Elle ne se rappela que de sa rencontre avec le Père Noel et oublia tout le reste. Quant à l’homme qui l’avait kidnappé, la police perdit sa trace sur ce parking d’autoroute. Personnes ne sut jamais qui il était et quelles étaient ses motivations.
Rose se retourna et tenta de faire correspondre l’image avec le son. Mais rien, absolument rien dans la physionomie de l’inspecteur ne lui était familié.
-« Tu ne me reconnais pas, c’est normal, cela fait si longtemps… Sais tu que cette histoire a changé ma vie ? Tu as
changé ma vie, Rose… Après t’avoir trouvé sur cette autoroute, j’ai décidé de passer le concourt de police et voilà… Quand j’ai vu ton nom sur la liste du personnel… Je me suis dit, c’est Rose, c’est ma petite Rose ! »
Rose l’écoutait sans rien dire. L’émotion la submergeait. Revoir l’homme qui l’avait sauvé faisait remonter des souvenirs enfouis très profondément. Et même s’il avait une tête de playmobile et un nom d’inspecteur de série allemande, il restait son Père Noel. Pour s’en convaincre elle porta la main à son coup et serra très fort un petit pendentif en forme de dé.
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29.12.2007
10 - La disparition - Suite
- « Père… Père Noël ?
- « Ma petite Rose, comme tu as grandis. Tu es devenu une belle jeune femme à présent ! »
Rose savait que l’homme qui se trouvait derrière elle et qui lui soufflait ses mots dans la nuque ne pouvait pas être le père Noel. Elle le savait parce que le père noël n’existe pas et que ce seul argument suffisait à la dispenser de toutes autres raisons logiques et rationnelles. Pourtant cette voix était bien celle du Père Noel. C’était ainsi et pas autrement.

Elle avait cinq ans lorsqu’elle l’avait rencontré. Un 15 octobre. C’était un lundi. Il était 18H00, il pleuvait et Rose cherchait son chat Barnabé. Elle portait des bottes en plastic rouge brillant qui lui donnait un air de Chaperon. Les parents de Rose habitaient une petite maison en périphérie de Saint Brieuc. Un lotissement modeste ou les maisons identiques s’alignaient en chapelets bien rangés. A cette époque, de grands champs entouraient ce petit pâté de français moyens mais propriétaires. Rose, au milieu de la terre boueuse, scandait d’une voix suraiguë le nom de son chat. Cela faisait trois jours que Barnabé avait disparu. Elle, parce qu’il s’agissait en fait d’une femelle baptisée sans avoir pratiqué les vérifications d’usages, elle était donc en chaleur et Rose s’inquiétait de la savoir aux prises avec tous ces gros mâles poilus du quartier. Elle traversa le champ boueux et se retrouva face à un petit mur de pierre d’environ un mètre. Elle se retourna pour vérifier qu’elle pouvait toujours apercevoir le petit portail blanc de sa maison, puis rassurée, entreprit d’escalader le mur. De l’autre côté, un jardin ou les herbes plus hautes que l’enfant témoignait de l’abandon du lieu. Une petite maison ou plus exactement une cabane se dessinait à travers le feuillage épais. Rose savait que le petit portail blanc avait disparu et décida donc de ne plus se retourner. Elle était effrayée mais la curiosité la poussa malgré tout à ouvrir la petite porte en bois vermoulu. Une forte odeur d’humidité et de moisi la pris au nez et la petite porta immédiatement la main sur sa bouche. Une autre main se plaqua soudainement sur la sienne, si vite et si fort qu’elle n’eut pas le temps de crier. Ses pieds quittèrent le sol et elle se mit à voler à travers les herbes folles. Elle vola jusqu’à une voiture garée au bord du chemin et se posa violemment à l’arrière. La voiture démarra et Rose aperçut l’homme qui la conduisait. Elle se mit alors à hurler, de rage, de peur et aussi parce qu’elle ne savait pas quoi faire d’autre. Elle hurla sans s’arrêter ou presque, à peine le temps de reprendre son souffle. L’homme se retournait de temps en temps pour lui dire de se taire. Il lui disait ça gentiment, presque en la suppliant et Rose hurlait de plus belle. Au bout de 20 minutes, la gorge douloureuse, elle se tût. De grosses larmes coulèrent sur ses joues et Rose, maintenant silencieuse regardait le paysage sombre défiler par la fenêtre. Du haut de ses 5 ans elle comprenait qu’il venait de se produire un événement très grave. Elle roulait dans une voiture conduite par un homme qu’elle ne connaissait pas et qui semblait encore plus effrayé qu’elle. Alors pour cesser d’avoir peur elle pensa à sa maman et à son papa, à son chat Barnabé puis elle s’imagina nager au milieu d’une mer de bonbons de toutes les couleurs : Elle traversa des courants de meringues, fit la planche au milieu des fraises tagada et plongea la tête la première à travers des milliers de carambars. Elle entendait la voix de plus en plus lointaine de l’étrange monsieur lui répétant qu’il ne fallait pas avoir peur et Rose finit par s’endormir.
A son réveil il faisait jour et elle se trouvait toujours sur la banquette arrière. Elle était recouverte d’une épaisse couverture marron. En regardant par la fenêtre elle découvrit que la voiture était garée sur un parking d’autoroute. Elle était seule. Elle ouvrit doucement la portière. Le soleil éclatait dans un ciel azur ses petites bottes de plastic rouge brillaient de 1000 feux. Elle traversa le parking puis suivis un petit trottoir. Rose ne savait pas ou elle était ni ce que lui voulait cet homme. Elle voulait rentrer chez elle et c’est ainsi que les conducteurs ayant emprunté l’Autoroute A6 ce mardi 11 octobre 1981 virent au kilomètre 142 une petite fille pourtant des bottes rouges trotter sur la bande d’arrêt d’urgence.
A suivre
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24.12.2007
9 - La disparition
Le lundi suivant, Rose retrouva Rachida et elles se racontèrent en pouffant comme des gamines la fin de leur soirée.
- « Ben si c’était si bien, pourquoi tu ne le reverrais pas ? »
Rose ne put répondre à la question de son amie. Elle ne pouvait se l’expliquer elle-même. Ce François devait rester un joli souvenir. Un adorable et tendre souvenir. Rien de plus.
Rachida ne vint pas travailler le lundi suivant. Lorsque Rose arriva ce matin là, elle sentit que le Monoprix tout entier était en émoi. Les caissières parlaient bas entre elles et regardaient Rose de biais, elles qui ne la regardaient habituellement pas. A midi, elle finit par demander à Sabine, la petite de la charcuterie, si elle connaissait la raison de l’absence de Rachida.
- « T’es pas au courant, alors ! La police est venue ce matin, à l’ouverture, ils la cherchent, ils ont déjà interrogé Yvonne de la caisse 12 et Hassan, le vigile du matin ! » Elle avait dit ça d’une traite, sans respirer, trop heureuse d’être celle qui pouvait encore raconter l’événement du jour à la seule personne du magasin qui n’en était pas encore informée.
Rose traversa les rayons en courant et arriva essoufflée devant le bureau du directeur. Madame Alphonso, surnommée Alph, chef suprême de l’armée des caissières, l'intercepta tandis qu'elle avait déjà la main sur la poignée de porte.
- « Ben ma petite, vous vous croyez ou ? On n’entre pas ici comme dans un moulin ! »
- « La police est encore là ? Il faut que je leur parle ! »
Au même instant la porte s’ouvrit. Un homme brun au visage tout rond en sortit, suivis de Mr Planchon, dit La planche, directeur du Monoprix de la place Voltaire depuis près de 15 ans. L’homme au visage de playmobile regarda Rose et lui sourit. La planche leva les bras au ciel en la voyant.
- « Ah vous tombez bien ! C’est justement vous que l’on voulait voir ! Entrez ma petite Rose, vous allez peut être pouvoir nous éclairer sur ce mystère. »
Rose s’installa sur la chaise qu’on lui désigna. L’homme resta debout derrière elle. 
- « Rose, voici l’inspecteur larique, Il enquête sur la disparition de votre collègue, Melle Rachida Bouzi. »
Malgré la gravité de la situation, l’image d’un visage à trois mentons piqué de deux grands yeux bovin s’imposa à elle. Et apparemment pas seulement.
- « l’inspecteur Deri… Heu… Larique va vous expliquer les faits ».
- « Merci Mr Planchon, mais je souhaiterai m’entretenir seul à seul avec cette jeune femme, si vous me le permettez ».
La planche obtempéra en bougonnant, furieux et déçu de rater un morceau de l’épisode conduit par le presque homonyme du héro de sa série préférée. .
Rose se retrouva seule avec l’inspecteur, resté derrière elle. L’angoisse de la situation, la peur de ce que cet homme allait lui apprendre sur son amie la tétanisait. Elle tenta de se retourner et sentit la pression d’une main crispée sur son épaule.
- « Rose, ma petite Rose, ça me fait bien plaisir de te revoir … »
Un courant électrique de 5000 volt la traversa du bout de l’orteil jusqu’au sommet de son crâne. Ses tempes se mirent à battre et sa vision devint floue. Cette voix, cette voix… L’homme qui se trouvait derrière elle n’était pourtant pas… Mais cette voix… Sans même se retourner, elle prononça son prénom dans un souffle étranglé par l’émotion...
A suivre
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