21.10.2007
2 - Premiers jours à Paris
La musique la remplit de toute part, comme une matière palpable, elle a l’impression de pouvoir la sentir au plus profond d’elle-même. Elle a terriblement envie de bouger, de chanter, elle n’en peut plus de rester sur sa chaise mais elle sait qu’elle n’en a pas le droit. Pourtant, malgré elle, son orteil droit commence à frémir, d’abord tout doucement et puis c’est le pied tout entier qui se met à battre la mesure. Dans ses oreilles, Freddie Mercury et David Bowie lui rappelle à quel point elle est « under pressure ». Elle arrive finalement à maitriser son pied et tente de prendre un visage de circonstance. Elle regarde cette vieille femme qui pleure à chaudes larmes, elle se dit que c’est triste et tente de s’émouvoir du tableau, mais son pied droit recommence à battre la mesure. Elle décide alors de couper son Ipod. Queens, c’est bien, mais pas pendant un enterrement. Elle ôte ses écouteurs habilement dissimulés par ses cheveux et décide de se concentrer sur la voix lente et emphatique du curé. La vieille femme à ses côtés n’a pas cessé de pleurer. Elle se mouche bruyamment ce qui lui vaut quelques regards outrés. Rose la regarde alors avec bienveillance et sort à son tour un grand mouchoir en tissu ocre de la poche de son manteau. Elle se mouche en émettant une sorte de barrissement incroyable. Le curé s’interrompt et la regarde, interloqué. Elle lui fait un petit signe d’excuse avec la main, remet son mouchoir dans sa poche et glisse doucement à l’oreille de la vieille : « battue ! ». Surprise, la vieille la regarde avec des yeux comme des soucoupes, puis baisse la tête et regarde illico ses pieds. Une ou deux minutes plus tard, Rose voit les épaules de la vieille se soulever frénétiquement. Cela s’accompagne d’un petit bruit de souris. Ce que Rose prend au départ pour un sanglot se révèle être tout autre chose. Elle rit. La vielle rit doucement, tout en continuant de regarder ses
pieds. Et puis progressivement son rire s’amplifie pour d’un coup éclater comme une bombe. L’église s’emplit alors d’un énorme et magnifique fou rire totalement incontrôlable. La tête renversée en arrière, la vieille hurle de rire en se tenant le ventre. Elle a les yeux fermés et elle balance la tête de gauche à droite. L’assemblée est totalement déconcertée et le curé s’est à nouveau interrompu. Il ne bouge plus du tout et assiste, impuissant, au spectacle incongrue de cette femme qui pousse maintenant des hurlements hystériques. Rose, qui s’est mis à rire elle aussi, s’aperçoit très vite que la communion généralement constaté dans le cas d’un fou rire ne s’applique pas à l’assemblée présente. 80 paires d’yeux noirs sont braqués sur elles et Rose comprends qu’il vaudrait mieux pour elle se plier les gaules rapidement. Elle attrape le bras de la vieille, qui donne maintenant quelques signes d’insuffisance respiratoire et la tire vers elle. Elles traversent toutes deux l’allée centrale, toujours en riant et sortent de l ‘église dans un fracas de portes battantes.
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20.10.2007
1 - Rose
« Sa mère la puuute !!!
C’était sortis comme ça, malgré elle, d’une traite et suffisamment fort pour que tout le monde entende. Le silence qui suivit lui confirma qu’effectivement, tout le monde avait entendu.
Elle se baissa et ramassa rapidement les morceaux de verres qui jonchaient le sol. Elle sentit le poids des regards sur sa nuque et se concentra pour ne pas se couper. Putain de carafe de merde. Chier! Cette fois ci, elle se contenta de hurler ses insultes dans sa tête et n’en fit profiter personne. De retour en cuisine son patron l’attrapa par le bras et la traîna dans son bureau. Une fois qu’il eut refermé la porte derrière elle, il s’approcha tout prêt d’elle, comme pour la sentir, puis se recula d’un coup, comme si l’odeur n’était finalement pas à son gout.
« Non mais ça va pas bien ? Dire des grossièretés comme ça devant les clients ? Mais tu es complètement malade ou quoi ? Déjà que tu casses beaucoup de trucs, à croire que tu as deux bras gauches ! Et maintenant on a même la bande son qui va avec ! Et puis c’est pas un vocabulaire de jeune fille ça, tu t’es cru sur un chantier ou quoi ? C’est peut être pas Maxim’s ici, mais on ne hurle pas ce genre d’insanité en salle ! Eh quoi, y t’on rien appris tes parents ? »
Il continua encore pendant 5 bonnes minutes à lui expliquer dans tous les sens que son comportement était inacceptable. Elle resta immobile au milieu du bureau, les yeux baissés, attendant que la tempête passe. Elle le traita 7 fois d’enculé et 9 fois de gros porc. Dans sa tête bien entendu. Elle détestait ce type. Et c’était effectivement un enculé doublé d’un gros porc. Elle avait bien remarqué la façon dont il l’avait regardé la première fois qu’elle s’était présentée au bar du restaurant. Elle n’avait aucune expérience en restauration mais la taille de sa minijupe avait apparemment comblée ses lacunes. Il avait regardé ses seins outrageusement. Elle avait eu envie de lui hurler : « regardes moi dans les yeux connard ! » mais elle n’avait vraiment plus un sous et il fallait qu’elle trouve un travail rapidement. Elle pensait qu’elle pourrait supporter ce gros lourd quelques semaines, mais elle n’en était qu’à 10 jours et elle craquait déjà.
Elle pensait que ce sale con allait clore son engueulade en la virant, mais il n’en fut rien. Il accepta de lui laisser une dernière chance, à condition qu’elle se tienne à carreaux. « Je te garde, mais tu as conscience que n’importe qui d’autre t’aurais déjà viré à grand coup de pompes dans le cul. » Il eut alors un sourire vicieux. « Ceci dit, j’y mettrai bien autre chose que ma pompe… » Elle ne comprit pas tout de suite. Elle était encore à assimiler le fait qu’il ne la virait pas. Elle leva les yeux et se rendit compte qu’il s’était approché à nouveau d’elle. Il sentait la friture et l’ail. Elle ne comprit pas non plus pourquoi ses mains vinrent se plaquer sur ses hanches. Lorsqu’il lui glissa sa langue dure et visqueuse dans la bouche elle réalisa ce qu’il était en train de faire. Elle sentit la nausée l’envahir et repoussa son visage avec ses deux mains. Elle tenta de se dégager mais il la tenait fermement. Il resserra son étreinte et elle sentit son sexe durcit contre son bas ventre. Elle le regarda droit dans les yeux et ouvrit la bouche. Une énorme et puissante gerbe de vomi en sorti et en quelques secondes la tête de son patron fut maculée d’une substance orangée à l’odeur pestilentiel. Il se recula, d’abord incrédule, puis fut assailli de haut le cœur. Il se tourna pour vomir à son tour. Accroupis par terre, il lui hurla de foutre le camp et de ne plus jamais revenir. Il l’a traita ensuite de pute et de salope, puis recommença à vomir.
Elle alla aux toilettes et se passa de l’eau sur la figure, longuement. Puis elle se rendit à son vestiaire et récupéra ses affaires. Elle quitta le restaurant sans dire au revoir à personne. Elle n’était de toute façon pas restée suffisamment longtemps pour tisser des relations d’amitiés. Non, décidemment, elle n’allait regretter personne, et surtout pas ce gros pervers de patron. Elle prit un bus un peu au hasard et se retrouva un peu par hasard devant la gare. Toujours par hasard un train en partance pour Paris allait fermer ses portes et elle s’y engouffra, sans billet. Elle s’installa entre deux wagons et tandis que le TGV prenait de la vitesse, elle comprit qu’elle quittait Saint Brieuc pour toujours.
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